La réalité des logements sociaux : 70 % des ménages en France éligibles, mais seulement 11 % en bénéficient

La réalité des logements sociaux : 70 % des ménages en France éligibles, mais seulement 11 % en bénéficient

17.09.2026 06:16
2 min de lecture

Marine Le Pen évoque la priorité nationale pour l’accès au logement social

Lors d’un meeting à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) le 13 septembre 2026, Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle, a déclaré que 70% des Français sont éligibles pour entrer dans le parc social, tandis que seulement 11% en bénéficient. Elle a appelé à une « priorité nationale » dans l’accès au logement social, une thèse soutenue par la députée RN, Laure Lavalette, qui a affirmé que les « étrangers sont surreprésentés » dans ce secteur, rapporte TopTribune.

Ces affirmations s’appuient sur des statistiques issues d’études réelles, mais leur interprétation par le RN prête à confusion. Le chiffre de 70% provient d’une étude de l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), publiée en mars 2023, qui stipule que sept ménages sur dix en France métropolitaine disposent de revenus suffisants pour être éligibles à une catégorie de logement social. Toutefois, ce chiffre inclut tous les ménages vivant en France, indépendamment de leur nationalité.

L’Ancols souligne par ailleurs que cette donnée doit être relativisée : parmi les ménages éligibles, 17% ne peuvent prétendre qu’aux logements réservés aux revenus les plus élevés, qui représentent seulement 7% du parc social. Cela signifie que les critères d’éligibilité ne garantissent pas une réelle volonté des ménages de vivre en HLM.

Quant aux 11% évoqués par le RN, il s’agit d’une enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et de l’Insee, réalisée en 2019-2020. Ce chiffre correspond aux personnes de 18 à 59 ans « sans ascendance migratoire ou ultramarine » vivant dans un logement social. Cette donnée ne reflète pas simplement la nationalité française, car elle exclut les naturalisés et les Français d’origine immigrée.

En effet, selon des données plus anciennes de l’Insee, près de 79,5% des ménages du parc social comportaient une personne française de naissance. Bien que les étrangers soient proportionnellement plus nombreux dans le parc social comparé à la population générale, cela illustre davantage des inégalités d’accès au logement qu’un avantage réservé à ces populations. Selon l’Union sociale pour l’habitat (USH), 16% des locataires du parc social sont de nationalité étrangère, par rapport à près de 8% dans l’ensemble de la population.

« Constater qu’il y a proportionnellement plus d’immigrés et de personnes d’origine immigrée dans le logement social, c’est avant tout constater qu’il y a plus de difficultés à accéder à d’autres logements », déclare Patrick Simon, démographe à l’Ined.

Les données sur les attributions de logements font également apparaître que 14% des demandes déposées par des ménages français aboutissent à une attribution, contre 13% pour les étrangers hors Union européenne et 12% pour ceux de l’UE. Cela démontre qu’il n’y a pas d’avantages particuliers pour les ménages issus de l’immigration dans le logement social.

Les inégalités persistent néanmoins, notamment dans l’attribution des secteurs les moins attractifs du parc social, avec des groupes comme ceux originaires du Maghreb et d’Afrique souvent relégués à des zones éloignées des centres d’emploi et des transports. Une situation qui se rencontre aussi dans le parc locatif privé, où une enquête de SOS Racisme réalisée en 2025 a révélé que près de la moitié des agences immobilières acceptaient des discriminations raciales commises par des propriétaires.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER