La Méditerranée en danger : le déclin alarmant des populations de poulpes sur la Côte d'Azur

La Méditerranée en danger : le déclin alarmant des populations de poulpes sur la Côte d’Azur

29.06.2026 08:06
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Le constat est alarmant : la population de poulpes en Méditerranée est en déclin depuis près d’une décennie. Gérard Carrodano, pêcheur de La Ciotat, témoigne avoir observé cette tendance lors de ses plus de 7 000 plongées. Ancien chasseur sous-marin, il se consacre aujourd’hui à la capture d’animaux marins vivants pour des institutions scientifiques. Les chiffres sont accablants et depuis 2020, la population d’octopus vulgaris a drastiquement diminué, rapporte TopTribune.

À Cannes, l’association « Anges de poulpes », dirigée par Marie Muzard, tire la sonnette d’alarme. Entre 2020 et 2024, cette organisation a observé une baisse de la population de moitié. Pour combattre cette crise, des mesures ont été instaurées, y compris l’interdiction de la pêche récréative de poulpes dans les eaux du Parc national de Port-Cros et du Parc national des Calanques durant la période de reproduction, du 1er juin au 30 septembre. Les contrevenants risquent une amende pouvant atteindre 22 500 euros pour braconnage.

Pêcheurs et prédateurs

Cette période de reproduction est cruciale, car les femelles se réfugient dans des cavités pour pondre leurs œufs, rendant ainsi les poulpes particulièrement vulnérables. « Les femelles se mettent dans ce qu’on appelle les cabanes, des trous peu profonds pour pondre leurs œufs. Ensuite, elles n’auront de cesse que de les ventiler et de les surveiller, » explique Carrodano. En Tunisie, une interdiction totale de la pêche du céphalopode a été instaurée face à une diminution jugée « catastrophique » par les pêcheurs.

De plus, au large de La Ciotat, les poulpes doivent composer avec la prolifération des murènes, féroces prédateurs des céphalopodes. Carrodano note qu’il est désormais rare de trouver des poulpes adultes, souvent mutilés ou mangés. Par ailleurs, en Grèce, un poisson d’origine indienne a été identifié comme une menace pour les œufs de poulpes.

Manque de données scientifiques

Bien que les observations soient inquiétantes, elles manquent de soutien scientifique solide. Laure Bonnaud-Ponticelli, biologie évolutive au Muséum national d’Histoire naturelle, déclare qu’il n’existe pas de séries temporelles fiables pour analyser les tendances de population des poulpes. « Cela rend compliqué de savoir comment évoluent réellement les populations de poulpes », souligne-t-elle.

Elle évoque le phénomène de la prolifération des poulpes sur les côtes bretonnes après la pandémie de Covid-19, suggérant que le réchauffement climatique et la fin de la surpêche pourraient jouer un rôle, mais sans données précises, ce ne sont que des hypothèses.

Les nouveaux prédateurs peuvent également être responsables de la décimation des poulpes, mais sans données scientifiques, établir un lien de causalité reste difficile. « Le poulpe commence aussi à avoir une nourriture abondante avec l’invasion de crabes bleus », explique-t-elle, suggérant un écosystème bien plus complexe que prévu, avec plus de prédateurs mais aussi plus de proies.

Importance des observations locales

Malgré l’absence de données scientifiques suffisantes, Laure Bonnaud-Ponticelli fait confiance aux observations des pêcheurs. « Les pêcheurs de Marseille ont été les premiers, à ma connaissance, à s’autolimiter en quantité et en taille, car ils s’étaient rendu compte d’une diminution d’une année à l’autre, » rappelle-t-elle. En Bretagne, une licence pour la pêche des poulpes a également été instaurée récemment.

Un rapport d’intérêt sur la population de poulpes en Corse du Nord constate également une diminution. « Il faut maintenant le faire sur plusieurs années pour avoir une idée réelle de l’évolution de la population », précise Bonnaud-Ponticelli. Elle lance un appel : « Intéressons-nous enfin à ces populations puisque l’observation sur le terrain des professionnels montre quand même qu’il y a un problème. »

La situation des poulpes en Méditerranée demeure préoccupante, et un engagement accru à la fois par les scientifiques et les pêcheurs semble essentiel pour préserver cette espèce emblématique et sa place dans l’écosystème marin.

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