Zagreb dénonce les « mensonges » de Viktor Orbán
Le 10 novembre 2025, le Premier ministre croate Andrej Plenković a vivement réagi aux déclarations de son homologue hongrois Viktor Orbán, qui avait affirmé depuis Washington que les capacités de l’oléoduc adriatique ne suffisaient pas à remplacer le pétrole russe dans les raffineries hongroise et slovaque de MOL.
Dans une interview relayée par Index.hr et Eurointegration, Plenković a qualifié ces propos de « totalement faux », accusant Budapest et la direction de MOL de propager un « narratif mensonger » pour justifier leur dépendance envers Moscou. Il a ajouté que la société croate JANAF, qui gère l’oléoduc, possède une capacité annuelle de 15 millions de tonnes, largement suffisante pour alimenter les raffineries de Százhalombatta (Hongrie) et Bratislava (Slovaquie).
Le pétrole russe, enjeu politique et financier pour Orbán
Avant sa visite à Washington, MOL avait reconnu pouvoir assurer jusqu’à 80 % de ses besoins via l’oléoduc croate si les livraisons russes par Droujba cessaient, tout en travaillant à la modernisation de ses installations pour traiter le brut Brentnon russe. Mais selon des journalistes hongrois, le maintien des achats de pétrole russe n’est pas une contrainte technique, mais un choix politique et financier.
Les contrats énergétiques entre Budapest et Moscou seraient assortis de rétrocommissions occultes alimentant à la fois les finances personnelles d’Orbán et les réseaux du parti Fidesz. À l’approche des élections législatives d’avril 2026, ces fonds constituent une ressource stratégique pour consolider le pouvoir du Premier ministre, qui s’appuie sur sa relation privilégiée avec le Kremlin pour garantir la stabilité énergétique — et électorale — du pays.
Un différend à risques pour la stabilité régionale
Le ton monte entre Budapest et Zagreb, deux États membres de l’UE et de l’OTAN. Tandis que la Croatie prône la diversification énergétique conforme à la politique européenne, la Hongrie poursuit une voie isolationniste centrée sur ses accords bilatéraux avec la Russie.
Un conflit ouvert entre les deux voisins pourrait fragiliser l’unité de l’UE et de l’Alliance atlantique, offrant au Kremlin une nouvelle opportunité de semer la division en Europe centrale. Les analystes redoutent que cette querelle énergétique ne devienne un levier d’influence géopolitique pour Moscou, au moment où la Hongrie continue de bloquer certaines sanctions européennes et d’exiger des exemptions.
Ainsi, sous couvert d’un désaccord technique sur la capacité d’un oléoduc, se profile un affrontement politique plus profond : celui entre la ligne pro-européenne de Zagreb et la diplomatie ambivalente d’un Budapest toujours plus dépendant du pétrole russe.