Après le vinyle et les vidéoclubs, la génération Z se tourne vers la photo sur pellicule. Un choix guidé par la recherche d’expériences plus tangibles et collectives.
La photographie argentique fait l’objet d’un renouveau significatif, particulièrement chez la génération Z (1995-2010). Autrefois considérée comme en déclin, cette pratique, qui repose sur l’utilisation de pellicules et le développement chimique, connaît un regain d’intérêt étonnant, rapporte TopTribune.
Les appareils photo numériques avaient presque totalement dominé le marché de la photographie, reléguant des entreprises emblématiques telles que Polaroid et Kodak au second plan. D’ailleurs, de nombreuses écoles ont remplacé les laboratoires de développement traditionnel par des espaces numériques. Pour beaucoup, la photographie argentique n’existait plus qu’à travers des filtres Instagram.
Cependant, en cinq ans, une montée de l’engouement pour cette forme artistique a été notée, avec 35 % des 42 millions d’utilisateurs d’appareils photo argentiques en 2025 âgés de 18 à 30 ans. De plus, les recherches sur la photographie argentique ont augmenté de 41 % au cours de l’année précédente.
Les ventes d’appareils photo jetables augmentent régulièrement depuis 2023. Le site PetaPixel a même annoncé que 2024 était « la meilleure année de l’argentique depuis des décennies ».
Face à cette demande croissante, les fabricants réintroduisent des modèles emblématiques et lancent de nouveaux produits. Une enquête menée en 2024 par Ilford Photo révèle que 30 % des photographes argentiques ont entre 25 et 34 ans.
Ce nouvel intérêt n’est pas simplement une mode nostalgique, mais une recherche active de moyens d’échapper à la virtualité. Ces jeunes adultes réagissent à une enfance dominée par des plateformes numériques comme Zoom et TikTok. À travers ce choix, ils cherchent à réinventer leurs relations à l’art et à la société.
À la recherche d’un « troisième lieu »
Lors de mes cours à l’Université de Californie du Sud, je demande à mes étudiants qu’ils utilisent pour prendre leurs photos. Cette année, plusieurs d’entre eux ont évoqué leurs albums photos en papier et leur habitude d’envoyer des cartes postales, marquant une tendance vers des souvenirs physiques.
Le vocabulaire associant les réseaux sociaux à des actions du monde physique montre bien la volonté de créer un environnement qui semble social. Cependant, l’illusoire connexion engendrée par ces plateformes a conduit à une solitude croissante chez les jeunes.
La pandémie a encore accentué cette tendance, mettant en lumière les effets négatifs d’un usage intensif des réseaux sur la santé mentale des adolescents. En 2023, 51 % des adolescents américains ont déclaré passer au moins quatre heures par jour sur ces plateformes.
La photographie argentique offre un moyen de renouer avec une vie sociale authentique, permettant aux jeunes de s’évader des schémas imposés par les algorithmes.
Des communautés argentiques bien réelles
En avril 2026, la première édition d’AnalogCon a eu lieu à Los Angeles, un événement célébrant la photographie argentique, renforçant le sentiment de communauté parmi les passionnés.
Des artistes, des exposants et des éducateurs se sont rassemblés pour discuter, échanger et partager leur amour pour cette forme d’art lors de divers ateliers et conférences.
Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large, où la génération Z redécouvre des objets culturels physiques, comme le vinyle, qui connaissent également un renouveau. Alors que les ventes de disques continuent d’augmenter, les cinémas de VHS et les vidéoclubs renaissent, offrant des expériences plus tangibles.
Ces lieux deviennent des espaces de sociabilité, en opposition à la connexion numérique, incitant les jeunes à sortir, interagir et vivre des expériences partagées.
Au-delà de la nostalgie, ces pratiques révèlent une volonté de résister à une culture numérique, en offrant une approche plus réfléchie de la vie, propice à l’expression artistique.