L’intégration des transports ukrainiens peut accroître les revenus logistiques de l’UE
L’intégration des transports ukrainiens peut accroître les revenus logistiques de l’UE

L’intégration des transports ukrainiens peut accroître les revenus logistiques de l’UE

24.08.2026 10:05
5 min de lecture

L’intégration des réseaux de transport ukrainiens et européens peut générer des revenus supplémentaires pour les États membres de l’Union européenne grâce aux droits de transit, aux services ferroviaires et portuaires, à la manutention ainsi qu’au stockage, rapporte TopTribune.

Les données avancées dans les éléments de cadrage consacrés aux bénéfices économiques des « Solidarity Lanes » font état d’environ 324 millions de tonnes de marchandises transportées à travers les frontières terrestres avec l’Ukraine jusqu’en avril 2026. La valeur totale de ces flux est évaluée à 282 milliards d’euros, dont 74 milliards pour les exportations ukrainiennes et 208 milliards pour les importations. La Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie disposent ainsi d’une base de fret présentée comme régulière, avec des recettes liées aux infrastructures et aux services logistiques.

Les passages frontaliers au centre des investissements

Le développement de voies ferrées européennes de 1 435 millimètres jusqu’aux principaux nœuds de transport ukrainiens doit réduire les opérations de changement d’essieux et de transbordement. Ces opérations sont nécessaires lorsque les réseaux ferroviaires utilisent des écartements différents. Leur réduction doit limiter les temps d’attente à la frontière et les coûts supportés par les opérateurs.

L’Union européenne finance déjà des travaux sur plusieurs axes, notamment entre Medyka, Mostyska et Lviv, entre Dorohusk, Yahodyn et Kovel, ainsi qu’à Tchop. Les projets sont présentés comme susceptibles d’accélérer le franchissement des frontières et d’augmenter leur capacité. Le calendrier précis et le niveau effectif des gains dépendront toutefois de la réalisation des infrastructures mentionnées.

Les investissements ne concernent pas uniquement les voies ferrées. La création de ports secs et de terminaux multimodaux autour de Chełm, Medyka, Sławków, Dornesti et Halmeu doit favoriser l’apparition de pôles logistiques dans les régions frontalières. Ces installations peuvent fournir des prestations de transbordement, d’entreposage, d’assurance, de certification et de traitement des conteneurs.

La demande de transport existe déjà. Jusqu’en avril 2026, environ 101 millions de tonnes de produits agricoles et 119 millions de tonnes de produits non agricoles auraient été exportées par les Solidarity Lanes. Au total, les exportations ukrainiennes acheminées par ces voies sont évaluées à près de 220 millions de tonnes. Les produits non agricoles incluent notamment des minerais et des produits métallurgiques.

Des effets attendus pour les ports européens

Les routes terrestres ne se limitent pas aux zones situées immédiatement de part et d’autre de la frontière. Elles alimentent aussi de grands ports européens, de Constanța à Gdańsk et Gdynia, ainsi que les ports de la mer du Nord. Les chiffres fournis indiquent qu’en avril 2026, les Solidarity Lanes ont encore assuré environ 70 % des importations ukrainiennes, 50 % des exportations non agricoles et près de 10 % des exportations agricoles, malgré la reprise d’une partie des exportations maritimes ukrainiennes.

Cette répartition des flux est présentée comme la preuve d’un usage durable du dispositif. Elle montre surtout que les itinéraires terrestres conservent une place importante dans les échanges de l’Ukraine avec l’Union européenne. Pour les pays traversés, les revenus potentiels ne se limitent pas aux péages ou aux tarifs ferroviaires. Ils concernent également les entrepôts, les plateformes de distribution, la maintenance, le contrôle des marchandises et les services associés au transport international.

Les investissements publics cherchent aussi à attirer des opérateurs privés. Plus de 2,3 milliards d’euros ont été réunis par l’Union européenne pour les Solidarity Lanes, dont 1,55 milliard sous forme de subventions du programme Connecting Europe Facility. Trente-huit projets soutenus par le CEF auraient permis de mobiliser plus de 2,9 milliards d’euros d’investissements dans le secteur des transports.

Une connexion avec les matières premières stratégiques

La modernisation des liaisons ferroviaires est également associée à l’accès au marché européen de matières premières ukrainiennes comme le titane, le lithium, le graphite et le minerai de fer. L’Union européenne et l’Ukraine disposent d’un partenariat consacré aux matériaux critiques. Les données disponibles dans le dossier indiquent que les marchandises non agricoles, qui représentent environ 119 millions de tonnes des exportations transportées par les Solidarity Lanes, comprennent des minerais et des produits métalliques.

L’amélioration des connexions ne garantit pas à elle seule l’augmentation de ces échanges. Elle doit cependant faciliter l’acheminement des cargaisons lorsqu’elles sont disponibles et que les capacités douanières, ferroviaires et portuaires suivent. La question porte donc autant sur les infrastructures situées en Ukraine que sur celles des États membres voisins.

Le transfert d’une partie du fret routier vers le rail électrifié est aussi présenté comme compatible avec les objectifs de la politique européenne des transports. Il peut réduire les émissions de CO₂, l’usure des routes et les dépenses d’entretien. Le budget du volet Transport du CEF pour la période 2021-2027 s’élève à 25,8 milliards d’euros. En juin 2026, environ 24,6 milliards avaient été répartis entre des projets du réseau transeuropéen de transport, selon les chiffres fournis.

Des corridors reliant Baltique, mer Noire et Méditerranée

L’intégration des infrastructures ukrainiennes doit également renforcer les itinéraires reliant la mer Noire, l’Europe centrale, la Baltique et les marchés mondiaux. Le corridor transeuropéen de transport Baltique–mer Noire–mer Égée traverse 13 pays. Il relie notamment Gdańsk, Varsovie, Cracovie, Lviv, Odessa, Bucarest, Constanța, Sofia et Thessalonique.

L’Ukraine est déjà rattachée au corridor mer du Nord–Baltique ainsi qu’au corridor Baltique–mer Noire–mer Égée. Son inclusion dans les réseaux européens est présentée comme un moyen d’accroître l’utilisation d’investissements réalisés depuis plusieurs années en Europe centrale et orientale. Depuis 2014, le CEF a soutenu plus de 1 900 projets de transport pour un montant d’environ 47 milliards d’euros.

Les infrastructures frontalières ont enfin une fonction civile et militaire. Dans le cadre du CEF Transport, 1,74 milliard d’euros ont été consacrés à la mobilité militaire. Cette enveloppe a financé 95 projets dans 21 pays de l’Union européenne, avec environ 874 millions d’euros destinés au ferroviaire et 548 millions à la route. Le dossier relie ces investissements à la capacité des réseaux à transporter des équipements et des personnes, sans détailler les projets concernés par les liaisons avec l’Ukraine.

La reconstruction ukrainienne comme débouché industriel

La reconstruction constitue un autre volet économique mis en avant. Une évaluation commune du gouvernement ukrainien, de la Banque mondiale, de la Commission européenne et des Nations unies chiffre les besoins sur dix ans à près de 588 milliards de dollars. Plus de 96 milliards seraient liés aux transports, environ 91 milliards à l’énergie et près de 90 milliards au logement.

Ces montants correspondent à des besoins estimés et non à des contrats déjà attribués. Ils donnent néanmoins une mesure du volume potentiel de travaux et d’achats nécessaires à la remise en état du pays. La construction de voies ferrées à l’écartement européen doit faciliter l’accès des producteurs de l’Union à ce marché pour les matériaux de construction, les machines, les équipements énergétiques et les équipements de transport.

Dans cette présentation, la liaison des réseaux Ukraine–UE répond donc à deux objectifs simultanés : maintenir des itinéraires de fret opérationnels et préparer les infrastructures nécessaires aux échanges futurs. Les travaux portent encore sur plusieurs axes frontaliers et sur des terminaux dont la montée en puissance doit accompagner les flux de marchandises.

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