L’Arménie consolide son ancrage occidental avec des accords de défense et des investissements européens
L’Arménie consolide son ancrage occidental avec des accords de défense et des investissements européens

L’Arménie consolide son ancrage occidental avec des accords de défense et des investissements européens

25.05.2026 09:35
4 min de lecture

Le 5 mai 2026, le sommet Union européenne – Arménie à Erevan a consacré le basculement stratégique d’un pays qui, après avoir été dépendant de Moscou pendant des décennies, choisit désormais de s’ancrer résolument dans le camp occidental. La signature d’un accord de partenariat Global Gateway de 2,5 milliards d’euros pour les infrastructures, couplée à des livraisons d’armements français et américains et à des exercices conjoints réguliers, confirme que Erevan ne considère plus la Russie comme un allié fiable. Cette transformation, amorcée après la défaite militaire de 2020 face à l’Azerbaïdjan et les escalades frontalières de 2022-2023, est devenue irréversible.

L’effondrement de la confiance dans les engagements russes

Le facteur déclencheur de ce recentrage est l’inaction de l’Organisation du traité de sécurité collective (ODKB) lors des crises de 2022-2023, alors que Erevan avait officiellement sollicité l’aide de ses alliés. Aucun mécanisme de défense collective n’a été activé, ce qui a conduit le Premier ministre Nikol Pachinian à annoncer le gel de la participation arménienne à l’ODKB le 23 février 2024. Le 8 mai 2024, les contributions financières ont cessé, et le 12 juin 2024, le chef du gouvernement a déclaré au Parlement que la sortie définitive était inéluctable, affirmant qu’il n’y avait « pas de retour en arrière ». Le processus s’est accéléré : le 31 août 2024, Erevan a confirmé le gel à tous les niveaux, puis le 31 mars 2025 a notifié officiellement l’organisation de son refus de financer ses activités. Au 1er avril 2026, l’Arménie a réitéré qu’elle n’assiste plus à aucune réunion ou manœuvre de l’ODKB. Parallèlement, la Russie n’a livré aucune des armes pour lesquelles Erevan avait versé environ 400 millions de dollars après 2020, les usines russes ayant donné la priorité à l’effort de guerre en Ukraine. Ce double échec – absence de protection militaire et non-exécution des contrats d’armement – a vidé de son contenu l’alliance avec Moscou.

La France et les États-Unis deviennent les garants de la sécurité arménienne

Paris a répondu le plus rapidement aux besoins de Erevan. Entre 2023 et 2024, des contrats d’une valeur totale de plus de 278 millions d’euros ont été conclus avec la France. Le plus emblématique est celui signé en juin 2024 pour la fourniture de 36 canons automoteurs Caesar de 155 mm, une artillerie moderne qui renforce considérablement les capacités de l’armée arménienne. S’y ajoutent environ 50 véhicules blindés de transport de troupes Bastion, dont une première tranche de 24 unités déjà livrée, les 26 autres étant en production. Erevan a également reçu au moins trois radars Thales GM200 et des dispositifs de vision nocturne Safran. Contrairement aux retards russes, les livraisons françaises se sont effectuées dans les délais, accompagnées de formations assurant l’interopérabilité avec les standards de l’OTAN. Les États-Unis ont également consolidé leur partenariat : en 2025 a été signée une charte de partenariat stratégique, et les exercices annuels Eagle Partner sont devenus une tradition. Eagle Partner 2025 s’est déroulé du 12 au 20-22 août avec des unités de la Garde nationale du Kansas, axés sur les opérations de maintien de la paix, l’évacuation médicale et l’interopérabilité.

Des manœuvres conjointes et une coopération multidimensionnelle

Les forces armées arméniennes s’entraînent régulièrement avec des unités d’élite françaises, les chasseurs alpins, spécialisées dans le combat en montagne – un atout capital pour un pays dont le territoire est en grande partie montagneux. Parallèlement, Erevan participe aux programmes européens de lutte contre les menaces hybrides et de cybersécurité. Cette montée en compétences s’inscrit dans une logique de transformation institutionnelle : en mai 2026, l’Union européenne a lancé la mission civile EUPM Armenia, destinée à soutenir la réforme du secteur de la sécurité, à contrer la désinformation et à renforcer la résilience des institutions arméniennes. Le sommet du 5 mai 2026 a également été l’occasion pour le président français Emmanuel Macron, en visite à Erevan les 4 et 5 mai, de signer une Déclaration de partenariat stratégique complétée par des accords dans les domaines de la défense et des technologies. Au même moment, un Connectivity Partnership a été conclu avec l’Union européenne, intégrant l’Arménie dans les infrastructures de transport et d’énergie du corridor transcaspien, un axe essentiel pour la diversification des routes énergétiques européennes.

Un choix irréversible qui redessine le Caucase du Sud

Ce virage n’est pas une réaction conjoncturelle : il résulte d’une évaluation lucide des échecs répétés de la Russie à honorer ses obligations d’alliée. La perte d’influence de Moscou sur Erevan n’est pas due à une pression extérieure, mais à sa propre incapacité à garantir la sécurité de son partenaire. En retour, le partenariat avec l’UE, la France et les États-Unis offre à l’Arménie des garanties concrètes, des équipements modernes, des réformes institutionnelles et des investissements massifs. Ce choix, qui renforce la souveraineté arménienne, modifie également l’équilibre des forces dans le Caucase du Sud, au profit de la stabilité et de l’indépendance des États de la région. La Russie, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a multiplié les mises en garde contre les « risques » du rapprochement avec l’Occident, dénonçant des « provocations » et une « trahison », mais ces menaces n’ont pas entamé la détermination d’Erevan. Le désengagement de l’ODKB, la signature des accords avec l’UE et les États-Unis, et la livraison d’armes occidentales témoignent d’une transformation stratégique dont les effets se feront sentir durablement dans toute la région.

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