Les médecins sollicités en dehors des hôpitaux : un phénomène omniprésent
Une enquête révèle que les médecins sont souvent sollicités pour donner des conseils médicaux en dehors de leur environnement professionnel, que ce soit dans des lieux publics ou lors d’événements sociaux, rapporte TopTribune.
Le Dr Jean Turgeon, pédiatre au CHU Sainte-Justine, témoigne de la fréquence de telles demandes, indiquant avoir reçu un texto d’un membre de sa famille avec une question médicale juste après avoir passé le week-end avec deux familles. Cela fait près de 40 ans qu’il exerce, et il se souvient que même durant ses études, il faisait déjà face à ces sollicitations.
« C’est à tout moment ! Dans des taxis, des soupers, des fêtes d’enfants, et même à la douane ! », s’exclame le Dr Georges Wakil, radio-oncologue à l’hôpital Charles-Le Moyne. Il évoque une expérience marquante lors d’un passage à la douane américaine, où un agent lui a demandé un conseil sur la santé de son frère après avoir appris qu’il assistait à un congrès médical.
La Dr Eveline Gaillardetz, médecin de famille à l’hôpital de Verdun, confirme cette tendance. « Ce matin, dans la cour d’école, à l’épicerie, sur le terrain de baseball, j’ai des messages qui arrivent sur Facebook, Messenger et des textos », fait-elle savoir. Ces interactions montrent à quel point la société dépend du savoir médical, même en dehors des circonstances professionnelles.
Les trois médecins interrogés partagent un point de vue positif sur ces sollicitation. « C’est ma vocation et ça me fait plaisir de le faire », affirme le Dr Wakil. Malgré leur disponibilité, ils reconnaissent les défis que cela implique. Le Dr Wakil précise que sa femme l’appelle souvent « la garde du soir » lorsqu’il s’engage à répondre aux questions de ses voisins ou membres de sa famille sur des préoccupations de santé.
Pour la Dr Gaillardetz, bien que ce soit gratifiant d’aider les gens, elle observe que certains de ses collègues sont surmenés. « Chacun a ses limites, c’est une question de santé mentale », avoue-t-elle, ajoutant qu’il est parfois difficile de répondre aux demandes en dehors des heures de travail.
Le besoin de conseils médicaux dans la vie quotidienne peut s’expliquer par l’accès parfois limité aux soins de santé au Québec. Selon le Dr Turgeon, les gens cherchent à être rassurés, et leur tendance à demander des conseils révèle une quête de soutien dans un système souvent complexe.
Cette situation se traduit également par les difficultés d’accès aux soins pour de nombreuses personnes. La Dr Gaillardetz souligne que l’absence d’un médecin de famille peut rendre la recherche de soins encore plus difficile. « Ça m’arrive d’appeler pour demander un rendez-vous à la clinique d’urgence pour quelqu’un qui a un problème urgent. Ce n’est pas normal », déclare-t-elle.
Le Dr Wakil renchérit en expliquant que beaucoup de gens ne savent pas comment interpréter les résultats de leurs tests médicaux et cherchent souvent un médecin pour les rassurer. Cela souligne l’importance de la santé dans la vie de chacun, révélant que les préoccupations médicales sont omniprésentes. « On s’inquiète pour nos enfants, pour nos parents vieillissants, pour soi-même. Si on a la chance de croiser un médecin, on va lui poser des questions, et c’est normal », conclut la Dr Gaillardetz.
Ce qu’en dit le Collège des médecins
Selon le Collège des médecins, les médecins doivent faire preuve de prudence lorsqu’ils sont abordés sur des questions de santé en dehors du cadre professionnel. Bien qu’ils puissent fournir des informations générales ou des conseils sur certains diagnostics, il est essentiel d’éviter de se prononcer sur des cas particuliers sans évaluation préalable. L’article 70 du Code de déontologie des médecins stipule qu’un médecin ne doit pas se traiter lui-même ou traiter une personne dont la relation pourrait nuire à la qualité de son exercice, sauf en cas d’urgence.