ENTRETIEN. Gaza : "La famine menace également les travailleurs humanitaires, une situation sans précédent dans l'histoire des conflits", avertit le président de M...

ENTRETIEN. Gaza : « La famine menace également les travailleurs humanitaires, une situation sans précédent dans l’histoire des conflits », avertit le président de M…

25.07.2025 19:03
3 min de lecture

La situation alarmante à Gaza : entre famine et siège

Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, souligne l’état critique observé dans la bande de Gaza, où la famine s’ajoute à la violence des bombardements. Il dénonce un siège méthodique et met en avant l’impuissance de la communauté internationale, rapporte TopTribune.

Selon Corty, la situation actuelle est bien plus qu’une simple crise humanitaire, mais plutôt une véritable crise d’humanité. Cela fait 21 mois qu’un siège méthodique est en cours, causant des décès dus à des bombardements, des maladies, ainsi qu’un manque d’eau et de nourriture. La malnutrition atteint des niveaux alarmants ; la tragédie se double d’une situation inédite où même les travailleurs humanitaires, au nombre d’environ 400 décédés en 21 mois, se retrouvent eux aussi piégés. Les équipes locales, constamment déplacées, luttent pour nourrir leurs familles tout en fournissant des soins et de la nourriture aux plus vulnérables. La menace de la famine pèse même sur les humanitaires eux-mêmes, une situation sans précédent dans l’histoire récente des conflits.

La malnutrition infantile à des niveaux record

Les données de Médecins Sans Frontières (MSF) indiquent que près d’un quart des enfants de Gaza souffrent de malnutrition, ce qui semble refléter la réalité sur le terrain. Des analyses ont révélé que sur 15 000 enfants âgés de 6 mois à 5 ans, les taux de malnutrition ont grimpé de 0,8 % avant 2023 à 20-25 % en octobre 2024. Bien qu’une légère baisse ait été observée au début de 2025, le taux de malnutrition s’est à nouveau élevé, atteignant environ 25 % en avril. La Palestine, maintenant concentrée sur seulement 12 % de son territoire, subit une crise qui utilise la faim comme arme de guerre pour forcer des déplacements, engrenant des conséquences désastreuses.

Les zones d’inaccessibilité et la distribution d’aide

Concernant la notion de « cité humanitaire » à Rafah, Corty la considère comme une façade qui masque une réalité bien plus complexe. Les distributions ont lieu dans des zones d’inaccessibilité, sous l’autorité d’une Fondation Humanitaire pour Gaza, jugée peu indépendante. Cette situation contribue à un déplacement forcé de la population, où des milliers de personnes ont perdu la vie près des points de distribution, accentuant la critique selon laquelle la faim est exploitée pour déplacer les populations.

Les conséquences d’une aide insuffisante

Les enfants touchés par la malnutrition courent un risque grandissant de mourir, notamment en raison de l’absence d’eau potable et de soins appropriés. Loin des promesses de corridors humanitaires, la réalité demeure le blocus qui nécessite un nombre de camions d’approvisionnement multiplié par 30 ou 40 pour répondre aux besoins. Les hôpitaux ne devraient jamais être des cibles, tout comme les travailleurs humanitaires, une atteinte claire aux principes fondamentaux du droit international.

Sur le blocus et le marché noir

Corty se prononce aussi sur les accusations portées contre le Hamas, selon lesquelles ce dernier profiterait de l’aide humanitaire en alimentant un marché noir. Selon lui, les étals sont désormais presque vides et la population n’a plus les moyens de se procurer des biens de première nécessité. Bien que certains groupes opportunistes puissent commettre des vols, cela ne s’inscrit pas dans un agenda politique. La principale entrave à l’aide humanitaire reste le blocus imposé, et non le rôle du Hamas.

Implication de la communauté internationale

Sur le plan international, Corty critique le soutien des États-Unis à l’armée israélienne tout en prétendant promouvoir l’aide. L’Europe, quant à elle, semble immobile, signant des accords superficiels sans exercer une pression significative sur Israël. Si l’Europe souhaitait vraiment jouer un rôle positif, elle devrait remettre en cause les accords d’association existants. L’aide internationale doit être substantielle pour renverser la tendance mortelle qui s’est installée à Gaza.

Un État palestinien : espoir ou illusion ?

Enfin, en ce qui concerne une éventuelle reconnaissance par Emmanuel Macron d’un État palestinien, Corty reste sceptique. Il insiste sur le fait que tous les peuples ont le droit à la sécurité et à la survie, mais la situation actuelle, caractérisée par des expulsions massives en Cisjordanie et des sièges de villes, rend ce projet réel illusoire. La question demeure : sur quel territoire pourrait se bâtir cet État, alors que la dynamique actuelle mène à une colonisation accélérée ?

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER