En Chine, la fin de l'argent liquide favorisée par la reconnaissance faciale

En Chine, la fin de l’argent liquide favorisée par la reconnaissance faciale

17.09.2025 12:23
3 min de lecture

Depuis le 1er juin 2025, des réglementations récentes encadrent l’utilisation commerciale de la reconnaissance faciale en Chine, illustrant ainsi un changement significatif des modes de paiement dans le pays. Alors que les espèces deviennent quasiment obsolètes dans les grandes cités, la Chine intensifie l’expérimentation de solutions biométriques avancées. Cette évolution rapide, appréciée pour son efficacité, génère cependant des préoccupations d’ordre économique, éthique et social, rapporte TopTribune.

La Chine adopte le paiement biométrique à grande échelle

Dans les grands centres urbains chinois, il est exceptionnel de voir un billet circuler. La majorité des transactions se réalise via smartphone par le biais de WeChat Pay ou Alipay, principalement à l’aide de QR codes. Ce mode de paiement, qui englobe actuellement plus de 90 % des échanges quotidiens, s’impose comme la norme en milieu urbain, devenant ainsi incontournable.

Récemment, ces applications ont élargi leurs capacités au-delà de la simple lecture de codes. Des systèmes de paiement biométrique sont désormais à l’essai, utilisant la reconnaissance faciale, la paume de la main, et même l’authentification vocale. Cette technologie se fonde sur l’analyse des veines internes de la paume, couplée à une détection 3D de la forme de la main, assurant ainsi une sécurité et une précision nettement augmentées.

Les innovations ne s’arrêtent pas là : des caméras intégrées dans les distributeurs automatiques identifient le visage de l’utilisateur pour autoriser les transactions. Dans certaines zones pilotes, un simple sourire suffit pour acquitter le prix d’une bouteille d’eau. Le but est clair : rendre le processus de paiement fluide, invisible et sans effort.

Une dynamique technologique aux conséquences économiques tangibles

Le gouvernement chinois soutient ces changements en proposant des incitations réglementaires et en investissant massivement. Un des objectifs majeurs est de renforcer l’efficacité économique nationale et de diminuer la dépendance aux espèces, considérées comme un vecteur de fraude et des coûts logistiques conséquents.

Les statistiques révèlent des tendances marquantes. Dans la province du Heilongjiang, le volume des transactions mobiles réalisée par des étrangers a quadruplé entre janvier 2024 et janvier 2025, tandis que leur valeur totale a été multipliée par 8,1 sur cette même période. Cette croissance met en lumière non seulement l’accessibilité des solutions numériques pour les touristes, mais également l’efficacité de l’infrastructure technologique en Chine.

Derrière cette stratégie se dessine aussi le projet de yuan numérique. Déjà en phase pilote dans plusieurs villes, cette monnaie digitale souveraine pourrait à terme concurrencer les géants privés du secteur tout en renforçant le contrôle de l’État sur les flux financiers, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières.

Surveillance, exclusion et régulation : les enjeux du modèle chinois

Cette transformation numérique, aussi rapide soit-elle, engendre de nombreuses questions, notamment concernant les libertés individuelles. La généralisation du paiement biométrique pose des défis liés à la collecte massive de données sensibles, y compris faciales. En réponse, la Commission chinoise du cyberespace a instauré en mars 2025 de nouvelles « mesures de gestion de la sécurité », imposant un principe de consentement libre : « La reconnaissance faciale ne peut être exigée comme unique mode d’identification si d’autres méthodes peuvent remplir le même objectif », selon le texte officiel.

Une nouvelle couche de régulation est entrée en vigueur le 1er juin 2025, exigeant que toutes les entreprises collectant des données faciales de plus de 100 000 personnes s’enregistrent auprès de l’administration locale de la cybersécurité. Cette exigence vise à encadrer les activités des grands acteurs numériques en Chine, tout en rassurant les utilisateurs sur l’utilisation de leurs informations.

Cependant, dans la pratique, les alternatives de paiement ne sont pas souvent mises en avant. Dans de nombreux commerces, la reconnaissance faciale est présentée comme l’option la plus rapide, et de nombreux clients ne réalisent pas qu’ils peuvent choisir une méthode manuelle ou classique. De plus, la sécurisation de ces systèmes nécessite des améliorations. Les QR codes compromis, les deepfakes et d’autres usurpations d’identité numérique se multiplient, malgré les efforts des autorités pour instaurer des codes dynamiques et une double authentification.

Enfin, la disparition progressive de l’argent liquide pourrait marginaliser certains groupes vulnérables. Les personnes âgées, souvent novices en technologie, ont des difficultés à s’adapter à ce rythme. Dans les zones rurales, la couverture réseau demeure insuffisante pour faciliter un paiement biométrique simple. Même les touristes, malgré les améliorations apportées à l’intégration des cartes étrangères dans les portefeuilles numériques chinois, rencontrent des problèmes dus aux barrières linguistiques et logicielles.

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