Emmanuel Macron propose un contrôle de l’information
Le président français, Emmanuel Macron, a récemment suscité des inquiétudes parmi les politiciens du pays en évoquant la nécessité d’une labellisation des médias pour contrer la désinformation. Cette déclaration a été faite lors d’un échange avec des lecteurs de La Voix du Nord le 19 novembre, où il a souligné que l’État ne devrait pas décider ce qui constitue une information, mais a plaidé pour une certification par des professionnels de l’information, rapporte TopTribune.
Cette proposition a été critiquée par divers leaders politiques. Jordan Bardella a appelé ce projet « extrêmement dangereux », tandis qu’Éric Zemmour a déclaré que « nous ne nous laisserons pas bâillonner ». Bruno Retailleau, à la tête des Républicains, a dénoncé « une dérive inquiétante » concernant cette initiative de contrôle de l’information, ajoutant que son parti a lancé une pétition pour contester ce projet considéré comme « dangereux et scandaleux ».
Les réactions ont été provoquées par une Une du Journal du Dimanche titrant le 30 novembre sur « Emmanuel Macron, vers un contrôle de l’information ». Cette Une fait référence à la proposition de Macron, qui a été un sujet de débat lors des Etats généraux de l’information, une initiative lancée pour discuter des enjeux de la presse dans le contexte moderne.
Une initiative en réponse aux défis de l’information
La proposition de labellisation ne provient pas directement de l’Élysée, mais s’inspire des recommandations résultant des Etats généraux de l’information, débutés en octobre 2023. Cette initiative, dirigée par des journalistes et des citoyens, a visé à analyser l’état de l’information en France et à formuler des recommandations pour améliorer la qualité médiatique.
En septembre 2024, les participants aux Etats généraux ont présenté un rapport de 350 pages regroupant plusieurs recommandations pour renforcer l’indépendance des médias et leur financement. Parmi ces recommandations, l’idée d’un label pour promouvoir une information de qualité se démarque, surtout face à la montée des faux sites d’information et des contenus générés par intelligence artificielle.
Le modèle de labellisation
Ce projet de labellisation s’appuie sur l’initiative « Journalism Trust Initiative », mise en place en 2019 par des organisations telles que Reporters sans frontières, l’Agence France Presse, et l’Union européenne de radio-télévision. Cette initiative évalue des critères comme la transparence des médias et le respect des normes déontologiques.
Les médias souhaitant obtenir cette certification doivent passer par une autoévaluation en ligne, mais aucune obligation n’est imposée. Ceux qui désirent aller plus loin peuvent être audités par des organismes de conseil pour garantir leur conformité à la liste de critères établie. La certification aura une validité de deux ans.
Un mécanisme de certification interne
Les auteurs du rapport des Etats généraux de l’information envisagent d’établir un système de certification national qui se concentrera sur le « fonctionnement interne » des médias. Cela inclura la vérification de l’emploi de journalistes professionnels et des pratiques de vérification des faits, sans toutefois porter sur le contenu des publications.
La création d’un tel dispositif pourrait impliquer des critères définis en collaboration avec des acteurs du milieu médiatique, tout en respectant les normes de l’initiative « Journalism Trust Initiative ». Bien que la question de l’organisme responsable de la certification reste ouverte, des suggestions incluent un organisme accrédité par le comité français d’accréditation.
Des initiatives similaires sont déjà en place pour certifier le travail des rédactions. Par exemple, depuis 2017, la rubrique de fact-checking de 20 Minutes est validée par l’International Fact-Checking Network, garantissant une évaluation indépendante selon des critères transparents.