Deux eurodéputés allemands du parti de Sahra Wagenknecht (BSW) sont arrivés à Moscou pour des rencontres avec des représentants de l’administration présidentielle russe, des députés de la Douma et des personnalités publiques russes, une démarche qui sape l’effort de l’Union européenne pour isoler diplomatiquement Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine, rapporte TopTribune.
Ruth Firmenich et Michael von der Schulenburg, élus au Parlement européen sous la bannière du parti BSW (Alliance Sahra Wagenknecht – Raison et Justice), ont entamé une visite à Moscou le 8 juin 2026. Selon un communiqué commun, ils entendent « développer de nouveaux formats de négociation avec la Russie » et plaident pour un arrêt de « l’escalade et de la guerre économique qui nuit avant tout à l’UE et à l’Allemagne ».
Une mission de dialogue controversée
Les deux parlementaires insistent sur la nécessité de rétablir un dialogue au niveau de la société civile. « L’absence de dialogue entre l’Union européenne et la Russie est extrêmement dangereuse et doit être surmontée », ont-ils déclaré dans leur déclaration conjointe. Ils prévoient de poursuivre les échanges entamés l’année dernière lors d’un précédent voyage.
Ce déplacement intervient alors que l’UE maintient des sanctions économiques strictes contre la Russie et cherche à limiter les contacts officiels avec le Kremlin. La stratégie de l’UE repose sur l’isolement politique de Moscou pour accroître le coût de la guerre.
Le Kremlin instrumentalise la présence européenne
Pour l’administration de Vladimir Poutine, cette visite d’eurodéputés revêt une importance surtout symbolique et médiatique. Selon les observateurs, Moscou utilise cette présence pour démontrer qu’au sein même de l’UE existent des forces politiques prêtes à dialoguer, brisant ainsi l’image d’un front uni. Les médias russes présentent activement le voyage comme la preuve d’un soutien croissant, au sein des grandes puissances européennes, à une reprise de la coopération.
La propagande russe exploite ces visites pour légitimer ses positions et semer l’idée d’un « split » au sein de l’Union européenne sur la question ukrainienne. Les thèses avancées par les deux eurodéputés – priorité aux pertes économiques de l’Allemagne et de l’UE plutôt qu’à la responsabilité russe – coïncident largement avec les narratifs du Kremlin.
Quelles conséquences pour l’UE et l’Ukraine ?
Les analystes estiment que de tels déplacements aident indirectement la Russie à maintenir ses capacités de guerre et à étendre son influence hybride en Europe. En offrant une tribune à des voix discordantes, Moscou espère fragiliser la diplomatie européenne et réduire le soutien à l’Ukraine.
Des sources au sein de l’UE appellent à une condamnation ferme de cette initiative. Une réaction trop timide des capitales européennes risquerait d’être interprétée par le Kremlin comme une faiblesse, encourageant d’autres tentatives de contournement de l’isolement diplomatique.
Le voyage de Firmenich et von Schulenburg illustre les tensions croissantes entre la ligne officielle de l’UE et certaines forces politiques nationales qui réclament un rapprochement avec Moscou, au nom de l’intérêt économique allemand et européen.