Les scientifiques déchiffrent le mystère des défenses de narvals
(Paris) Des chercheurs ont enfin révélé les secrets de la dent unique des narvals, marine espèces emblématiques souvent désignées comme les licornes des mers. Cette découverte met en lumière des aspects fascinants de ces cétacés vivant dans les eaux glacées de l’Arctique, où leur population est estimée à environ 120 000 individus selon l’UICN, rapporte TopTribune.
Leurs fameuses défenses, qui peuvent atteindre trois mètres de long, ne sont en fait que la canine gauche des mâles, tandis que la canine droite reste cachée dans leur crâne. Tout au long de l’histoire, cet appendice a été interprété à tort comme une corne magique et vendu à prix d’or. Pourtant, ces « cornes » présentent des inconvénients notables pour ces animaux.
« Imaginez que vous deviez faire du vélo avec un manche à balai attaché sur le front », illustre Henrik Birkedal, coauteur d’une étude publiée cette semaine dans Nature Communications. D’après lui, cette protubérance peut sembler ridicule, mais les narvals nagent adeptement malgré cette contrainte. L’équipe internationale de chercheurs a utilisé une technologie de radiographie 3D avancée pour examiner ces défenses, faisant appel à trois synchrotrons européens.
Ces découvertes ont démontré que les défenses sont composées de deux types de tissus dentaires : la dentine et le cément, respectivement tournant en spirale dans des directions opposées. « C’est comme un clou que l’on enfonce dans une planche de bois. À chaque tour, le clou progresse un peu plus », décrit M. Birkedal, soulignant l’innovation structurelle de ces dents qui les distinguent des défenses courbes d’autres mammifères marins.
Les chercheurs ont observé des couches de croissance similaires aux cernes des arbres, permettant d’approfondir nos connaissances sur la longue vie des narvals, qui peuvent atteindre jusqu’à 80 ans. La collecte de défenses archéologiques provenant de musées et des populations inuites du Groenland a également enrichi leurs études.
Le Mystère de leur Utilité
Malgré ces avancées, la fonction précise de ces défenses demeure incertaine. Des théories proposent qu’elles soient utilisées pour chasser ou pour détecter les variations de température et de salinité de l’eau. Toutefois, ces hypothèses sont jugées peu probables par l’équipe d’experts, car la croissance de ces dents est exclusivement masculine. Par conséquent, si ces fonctions étaient nécessaires, on s’attendrait à ce que les femelles possèdent également des défense.
Des observations ont révélé des mâles se mesurant leurs défenses dans un comportement qui pourrait illustrer une démonstration de dominance lors des accouplements. « C’est définitivement la fonction la plus plausible », estime Mads-Peter Heide Jørgensen, un autre co-auteur de l’étude, de l’Institut des ressources naturelles du Groenland.
D’autre part, Martin Nweeia, spécialiste des défenses de narval, soutient que leur fonction principale pourrait être sensorielle. Bien qu’il ne soit pas impliqué dans cette étude, il plaide pour une recherche plus approfondie dans le domaine.
Malgré des opinions divergentes, la recherche récente contribue de manière significative à notre compréhension des aspects biologiques fascinants et complexes des narvals, offrant un aperçu essentiel à la fois pour la science et pour la préservation de ces créatures maritimes uniques.