Les attentes restent fortes en Gironde alors que Sébastien Lecornu se prépare à visiter le département le lundi 17 avril pour amorcer la reconstruction après le mégafeu de juillet, qui a ravagé plus de 40.000 hectares et détruit 250 habitations. À Le Porge, la commune la plus touchée avec 183 maisons détruites, cette visite suscite une défiance marquée. « On ne veut pas de lui ici. Ce sont des gens hors-sol, qui vont venir soi-disant écouter les gens du coin, mais en réalité ils ont déjà leur stratégie toute tracée », dénonce Philippe, 56 ans, dont plusieurs amis ont perdu leurs maisons, rapporte TopTribune.
La colère s’intensifie, alimentée par les déclarations de Sébastien Lecornu le 1er août, qualifiant la douleur des sinistrés d’« instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux ». Des habitants accusent les autorités d’avoir sacrifié leurs maisons pour protéger la presqu’île du Cap-Ferret. « Il nous a traités de complotistes. Est-ce qu’il va venir parler aux gens qui ont tout perdu ? Je ne crois pas », ajoute Philippe. De plus, le programme de la visite ne prévoit aucune rencontre avec les sinistrés.
Une rencontre prévue avec le maire du Porge
Sébastien Lecornu doit s’entretenir, hors caméras, avec le maire du Porge, Martial Zaninetti, avant une table ronde à Mérignac avec les élus et les acteurs socio-économiques de la reconstruction. « Faites-nous un plan Marshall, c’est ce que je lui dirai », résume l’élu. Les restaurateurs, commerçants et artisans du Porge, contraints de fermer pendant dix jours au pic de la saison estivale, préparent une lettre de doléances à transmettre au Premier ministre.
Les professionnels demandent une intervention auprès des assurances pour une indemnisation des pertes d’exploitation, même sans dégât matériel constaté. « On souhaite aussi une exonération totale des charges auprès de l’Urssaf sur un trimestre, et une enveloppe exceptionnelle pour pallier tout ce temps perdu à gérer de l’administratif et qu’on ne consacre pas à notre activité », explique un restaurateur sous couvert d’anonymat.
La prévention contre les feux, un enjeu majeur
La prévention des futurs incendies est également cruciale. Bruno Lafon, président de la DFCI Aquitaine, souligne la nécessité de « facilitations de réglementation ». « Il faut des pare-feu dans des dimensions convenables pour le risque incendie et acceptables pour toutes les parties », estime-t-il. Michel Bazin, représentant national des entreprises de travaux forestiers, regrette de n’avoir pas été « pour l’instant » invité à rencontrer le Premier ministre, ajoutant que « ce serait dommage qu’ils ne reçoivent pas l’ensemble des gens qui ont œuvré à la lutte contre cet incendie gigantesque. »
La visite de Lecornu intervient également après un appel de la mairie de Saumos, d’où est parti le mégafeu, exhortant Emmanuel Macron à faire de ce territoire « le point de départ d’une réflexion collective » et non « un laboratoire de décisions prises dans l’urgence ». Lors de son déplacement à Bordeaux pendant les incendies, le chef de l’État avait répondu aux critiques sur la gestion de la situation en affirmant avoir « quasi doublé le budget de la Sécurité civile » en dix ans, sans organiser de rencontre sur le terrain avec les sinistrés.