Avec le gazole évalué à 2,34 euros le litre et le prix du Brent à 108,30 dollars, la flambée des prix pousse le gouvernement à prendre des mesures. Le 16 septembre 2026, Sébastien Lecornu a annoncé l’extension des aides ciblées jusqu’au 31 décembre pour les secteurs les plus touchés. Cependant, cette initiative met en évidence un déséquilibre budgétaire significatif : l’État consacre 400 millions d’euros aux aides directes, tout en percevant environ 37 milliards d’euros de recettes fiscales annuelles sur les produits pétroliers, rapporte TopTribune.
Financement des aides au carburant par le gouvernement
Cette décision du Premier ministre intervient tandis que les blocages de dépôts pétroliers se multiplient en Méditerranée. Des groupes de pêcheurs ont paralysé les ports de Port-la-Nouvelle, Sète, Fos-sur-Mer et Frontignan, réclamant des actions concrètes face à l’augmentation de leurs charges. En conséquence, le gouvernement a choisi de prolonger les aides de manière sectorielle, chacune étant liée à un niveau d’urgence spécifique.
Pour les pêcheurs, l’aide atteint 35 centimes par litre, soit une hausse de 10 centimes par rapport à l’été, atteignant ainsi le plafond maximal fixé par la Commission européenne. Cette mesure illustre la situation alarmante du secteur, où le coût du carburant représente jusqu’à 40 % des dépenses. Les entreprises du BTP bénéficient quant à elles d’une aide de 20 centimes par litre pour le gazole non routier, essentiel pour les machines de chantier, tandis que les agriculteurs reçoivent 15 centimes par litre, en complément d’un plan d’urgence agricole déjà en place.
Pour un plein de 50 litres, cela se traduit par une aide de 17,50 euros pour un pêcheur, 10 euros pour une entreprise du BTP et 7,50 euros pour un agriculteur. Bien que ces montants offrent un répit temporaire, ils ne compensent qu’en partie l’augmentation des coûts, le prix du gazole ayant augmenté de 42 centimes par litre depuis janvier, selon carbu.com.
Impact fiscal des aides face aux recettes énergétiques
Les 400 millions d’euros alloués aux aides sont minimes comparés aux recettes fiscales que l’État tire de la fiscalité énergétique. La taxation des carburants, qui comprend la TVA à 20 % et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), constitue une source majeure de revenus pour le budget de la France.
En 2025, les recettes fiscales sur les carburants ont atteint 37,2 milliards d’euros, comme l’indique la Cour des comptes. La TICPE a rapporté 24,8 milliards, alors que la TVA a généré 12,4 milliards d’euros supplémentaires. Plus le prix des carburants augmente, plus les recettes de TVA augmentent également : à 2,34 euros le litre, l’État récupère 39 centimes de TVA, contre 32 centimes lorsque le prix était de 1,92 euro en janvier.
Pour un plein de 50 litres à 2,34 euros, cela représente un paiement de 19,50 euros de TVA et environ 31 euros de TICPE, soit 50,50 euros de fiscalité sur 117 euros dépensés, et la part fiscale atteint 43 % du prix final. Cela place la France parmi les pays européens affichant les taux de taxation énergétique les plus élevés.
Alternatives budgétaires : réduction des taxes ou autres options ?
Face aux tensions sociales, plusieurs alternatives sont à l’étude. Chacune d’elles nécessite des arbitrages budgétaires complexes, surtout dans un contexte de déficit public fortement marqué.
La réduction de la TVA sur les carburants, de 20 % à 5,5 %, aurait un coût estimé à environ 14 milliards d’euros par an. Bien que cette mesure bénéficierait à tous les consommateurs, elle nécessiterait une approbation de l’Union européenne. Bruxelles autorise des taux réduits sur certains produits de première nécessité, mais les possibilités d’action restent limitées par les directives fiscales communes.
Une autre possibilité consisterait à supprimer temporairement la TICPE flottante, qui pourrait être ajustée selon les objectifs environnementaux. Cette mesure pourrait réduire le coût de 8 à 10 centimes par litre, correspondant à une économie de 5 euros sur un plein moyen, mais cela entraînerait un manque à gagner de 3,2 milliards d’euros par an, ce qui dépasse largement les aides ciblées actuelles.
En raison de la prudence budgétaire du gouvernement, avec un déficit public prévu à 5,1 % du PIB en 2025 et des engagements européens de réduction de ce déficit, une généralisation d’une baisse fiscale compliquerait le retour sous la barre des 3 %. Ainsi, le gouvernement opte pour des aides temporaires et sectorielles, qui, bien que moins coûteuses, sont également moins populaires. Ce déséquilibre entre les dépenses de soutien et les recettes fiscales représente un enjeu majeur pour les millions de Français touchés par la montée des prix des carburants.