Blocage d’Ormuz : la flambée des prix des engrais menace les agriculteurs européens

Blocage d’Ormuz : la flambée des prix des engrais menace les agriculteurs européens

15.04.2026 07:56
3 min de lecture

Le prix du baril de pétrole n’est pas le seul à connaître une hausse significative suite au blocage du détroit d’Ormuz, sur les côtes iraniennes, qui perdure depuis un mois et demi. Pour les agriculteurs, l’augmentation du coût des engrais, dont un tiers de la production mondiale utilise quotidiennement cette voie maritime, génère de nombreuses inquiétudes. En effet, le prix de la tonne d’urée, un engrais riche en azote largement répandu, a presque doublé : passant de 537 euros début février à 806 euros cette semaine, rapporte TopTribune.

« Des pertes prévisionnelles plus graves »

Pour les agriculteurs, les commandes d’engrais pour les récoltes de l’année prochaine débutent ce printemps. En l’absence d’une résolution du conflit et du déblocage du détroit, la situation pourrait devenir préjudiciable dès cet été. Sébastien Poncelet, analyste des marchés céréaliers pour l’Argus Média, souligne : « La problématique ne vient pas seulement du prix des engrais, mais aussi du fait que les prix des céréales ne réagissent presque pas à la hausse, car il y a des stocks. Les agriculteurs tirent la sonnette d’alarme, car ils se trouvent à contre-marge. Avec la flambée du prix des engrais, les pertes prévisionnelles sont bien plus graves, ce qui bloque les possibilités d’achat. » Il est possible de reporter ces commandes, mais il faut également prendre en compte le temps de transport des engrais par la suite.

Une chaîne d’approvisionnement sous tension

Bien que l’option de reporter les commandes soit envisageable pour les cultures d’hiver comme le blé, l’orge ou le colza, qui ont déjà reçu des engrais provenant de stocks d’avant le conflit, la situation est différente pour les cultures de printemps, comme le maïs. “Certains agriculteurs ne sont peut-être pas couverts et vont acheter moins d’engrais,” indique Yannick Fialip, agriculteur en Haute-Loire et président de la commission économie de la FNSEA, premier syndicat agricole en France.

Le blocage du détroit exacerbe les tensions sur toute la chaîne d’approvisionnement. Avant le conflit, 31 % des exportations mondiales d’urée passaient par Ormuz, alors que 20 % des exports de gaz naturel liquéfié et 18 % des exportations d’ammoniac dépendaient également de cette voie, précise Poncelet. L’urée est fabriquée à partir d’ammoniac, lui-même issu du gaz. « En Europe, nous produisons des engrais azotés à partir de gaz naturel ou d’ammoniac que nous importons, » ajoute-t-il.

« Une matière première mondialisée »

Cette situation crée un “déséquilibre dans l’échiquier mondial,” poursuit Poncelet, même si l’urée utilisée en France provient d’Afrique du Nord et d’Égypte et non du Golfe Persique. « Cependant, le trou dans le maillage mondial causé par le blocage d’Ormuz a des répercussions indirectes, puisque l’urée est une matière première mondialisée. » De plus, 40 % des exportations de soufre, nécessaire à l’absorption de l’azote par les cultures, passaient également par cette région.

En parallèle, la Confédération paysanne fait le lien avec la crise qui a suivi le début du conflit en Ukraine, notant également une hausse des coûts et appelant à repenser le modèle de production. « Il est impératif de sortir du système libéral qui privilégie l’utilisation des intrants agrochimiques, » insiste Thomas Gibert, maraîcher bio et porte-parole du syndicat. « Nous devons devenir plus autonomes dans nos modes de production, en réintroduisant l’élevage dans les régions céréalières et en utilisant le fumier dans le sol. »

Le risque d’une hausse des prix alimentaires

Pour Fialip, l’Europe n’a pas tiré les enseignements de 2022. « Nous étions dépendants du gaz russe pour fabriquer des engrais et n’avons pas réussi à établir de nouvelles installations depuis. Aujourd’hui, nous faisons face aux mêmes difficultés dans un autre conflit.” En outre, l’augmentation du coût du gazole non routier (GNR), utilisé dans les tracteurs, pèse sur les comptes des exploitations agricoles.

Il estime que cette situation engendre une hausse des coûts de 15 000 à 20 000 euros par an pour une exploitation moyenne en céréales ou en polyculture élevage en France. Certains pays d’Europe, comme la Grèce et l’Espagne, ont adopté des mesures ciblées pour soutenir les agriculteurs dans leurs achats d’engrais ou de GNR, une proposition soutenue par la FNSEA.

“Si cette situation perdure, il sera nécessaire d’aider directement les agriculteurs ou d’envisager une répercussion sur les prix alimentaires,” conclut-il. Jusqu’à présent, en raison des déficits budgétaires, le gouvernement de Marc Lecornu a refusé de telles subventions, se contentant d’annoncer une exonération de 4 centimes par litre sur le GNR en avril, une mesure jugée insuffisante par les syndicats.

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