Aux Pays-Bas, un grand chantier naval soupçonné d’avoir contourné les sanctions de l’UE contre la Russie
Aux Pays-Bas, un grand chantier naval soupçonné d’avoir contourné les sanctions de l’UE contre la Russie

Aux Pays-Bas, un grand chantier naval soupçonné d’avoir contourné les sanctions de l’UE contre la Russie

25.11.2025 14:00
3 min de lecture

Un procès inédit visant un acteur stratégique de l’industrie navale néerlandaise

Le 24 novembre 2025, aux Pays-Bas, a débuté le procès visant le groupe Damen Shipyards, l’un des principaux chantiers navals du royaume, soupçonné d’avoir violé les sanctions européennes imposées à la Russie. Selon le ministère public, l’entreprise aurait exporté des équipements et des pièces destinés à des navires russes en contournant les restrictions de l’UE. En 2022, Damen Shipyards aurait délibérément inscrit de fausses informations dans au moins quatorze déclarations d’exportation afin de masquer la destination réelle de grues de pont acheminées vers la Russie. Ces éléments ont été détaillés dans le reportage publié par NL Times sur le procès visant Damen Shipyards pour corruption et violation des sanctions.

Un second volet de l’affaire concerne des soupçons de corruption à l’étranger dans le cadre d’activités commerciales du groupe. European Pravda souligne dans son enquête que l’ouverture de ce procès constitue une première dans l’Union européenne, puisqu’il vise un acteur majeur du secteur de la défense accusé d’avoir contourné un dispositif de sanctions adopté collectivement par les États membres, une dimension développée dans l’article consacré à cette affaire impliquant un chantier naval néerlandais.

Un acteur clé de l’industrie navale confronté à une possible exclusion des marchés publics

Damen Shipyards est l’une des entreprises navales les plus importantes des Pays-Bas, dotée de chantiers nationaux et internationaux, et reconnue comme site stratégique par le gouvernement. Le groupe construit des navires militaires et civils pour les forces armées néerlandaises ainsi que pour plusieurs pays membres de l’OTAN. Si les accusations sont confirmées, l’entreprise pourrait être exclue des contrats publics pendant au moins quatre ans, ce qui constituerait une sanction sans précédent pour un acteur de cette ampleur.

Les procureurs soulignent que les exportations illégales d’équipements utilisés dans la construction de navires russes ont potentiellement renforcé les capacités militaires de Moscou. Les grues de pont, en particulier, peuvent être intégrées sur différents types de bâtiments, y compris ceux susceptibles d’être employés à des fins militaires.

Un système international de sanctions fragilisé par les contournements

Depuis 2014 et, plus encore, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, les sanctions occidentales sont régulièrement contournées. Les failles dans les mécanismes de contrôle, le recours à des intermédiaires et la complexité des chaînes logistiques mondiales facilitent ces violations. La Russie a développé un réseau d’acheminement passant par des pays tiers tels que la Turquie, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Arménie ou la Géorgie. Les données commerciales ont mis en évidence une hausse anormale des exportations européennes et américaines vers ces États, signe d’un réacheminement massif de biens vers la Russie.

Depuis 2022, Moscou a réorienté ses échanges extérieurs : si l’Europe absorbait encore la moitié des exportations russes avant la guerre, la Chine s’est imposée fin 2023 comme premier partenaire commercial. Pékin achète désormais les hydrocarbures russes et fournit à Moscou des biens stratégiques, y compris des composants électroniques utilisés dans les drones et les missiles, transitant au travers de chaînes d’approvisionnement difficiles à retracer.

Vers un renforcement du contrôle et de la coordination entre alliés

Face à cette adaptation continue de l’économie russe, les experts plaident pour un renforcement des sanctions secondaires, une surveillance accrue du réexport et une coordination élargie entre les alliés. L’utilisation de bases de données douanières, de technologies satellitaires et de systèmes d’analyse fondés sur l’intelligence artificielle est jugée nécessaire pour identifier les schémas de contournement. Les gouvernements occidentaux doivent éviter les incohérences entre régimes de sanctions nationaux, qui peuvent créer des brèches exploitées par des intermédiaires.

L’affaire Damen Shipyards illustre les défis auxquels l’Union européenne est confrontée : garantir que les sanctions ne soient pas affaiblies par les pratiques d’entreprises opérant sur des marchés globalisés. Elle rappelle aussi que les secteurs stratégiques — énergie, technologies, finance ou défense — exigent un niveau de contrôle élevé pour empêcher que des produits sensibles ne contribuent indirectement à renforcer les capacités militaires d’un État considéré comme agresseur.

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