Jusqu’à présent, les Français ont plutôt été protégés de la hausse des prix dans les supermarchés. D’après l’institut d’études Circana, l’inflation des produits alimentaires reste à un faible niveau de 0,3 % sur une période d’un an. Cependant, cette apparente stabilité pourrait être trompeuse. En coulisses, les négociations entre les fabricants et les enseignes ont déjà recommencé, et les acteurs du secteur prévoient une augmentation globale de 4 à 5 % des prix alimentaires dans les mois à venir, selon l’organisation Que Choisir, rapporte TopTribune.
Olivier Dauvers, un journaliste reconnu pour son expertise dans le domaine de la grande distribution, a indiqué lors d’un entretien accordé à RTL : « Un septembre rouge s’annonce pour les prix. »
En toile de fond, la situation économique est tendue. L’Insee a enregistré une accélération de l’inflation à 2,4 % en mai, conséquence principalement d’une augmentation de 14 % du coût de l’énergie. Parallèlement, les salaires dans les entreprises ne devraient connaître qu’une progression de 1,7 % en moyenne, accentuant ainsi l’écart entre les revenus et les dépenses.
Plastique et transport : deux maillons faibles de la chaîne
Pour mieux comprendre les inquiétudes des distributeurs concernant le mois de septembre, il est essentiel d’examiner les causes qui se cachent dans les coulisses du marché.
Deux éléments principaux se combinent : la flambée des coûts de transport et l’envolée du prix du plastique PET, un matériau utilisé pour les bouteilles et de nombreux emballages alimentaires. Ce dernier, produit en Asie à partir de pétrole, nécessite un transit par le détroit d’Ormuz pour parvenir aux marchés européens. En conséquence, son prix a grimpé de 50 % en l’espace de quatre semaines, selon les déclarations de Dauvers.
Le cas de l’eau embouteillée Cristaline illustre parfaitement cette dynamique. Le producteur demande aux supermarchés une augmentation de 8 % de ses tarifs, ce qui représente environ un centime par bouteille. Bien que cette somme semble insignifiante en termes unitaires, elle devient significative lorsqu’elle est multipliée à l’échelle d’un camion.
« Environ 30 à 35 palettes peuvent être transportées par un camion, ce qui équivaut à environ 500 bouteilles par palette », a expliqué Dauvers à RTL. « Cela représente en moyenne 4 000 euros par camion. » Il a ajouté que le problème va au-delà du transport, en précisant : « Le PET, essentiel pour fabriquer une bouteille, est totalement dépendant de la situation au détroit d’Ormuz. Le coût du transport et du plastique pour chaque bouteille se cumule. »
La situation géopolitique au Moyen-Orient a également son influence. Bien qu’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran ait apporté un certain soulagement aux marchés financiers et entraîné une baisse des prix du pétrole, l’économie réelle présente un retard de réaction. La Chine, ayant réduit ses importations de brut iranien durant le conflit, semble prête à accroître sa demande, ce qui pourrait resserrer le marché de l’énergie.
Les chaînes logistiques demeurent fragiles, et les coûts des engrais agricoles ont considérablement augmenté. Des experts cités par RFI estiment que l’inflation pourrait perdurer malgré la guerre, pour encore plusieurs mois.
Les industriels reprennent les discussions
La pression inflationniste touche également les grandes marques. Lactalis a indiqué qu’il lui serait nécessaire de transférer cette hausse de coûts à ses clients. De son côté, Danone reconnaît que les tensions inflationnistes liées à la guerre en Iran pourraient entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires.
En France, les tarifs entre le secteur agro-alimentaire et les distributeurs sont habituellement fixés une fois par an dans le cadre des lois Egalim. Cependant, le contexte international incite les grands groupes à revenir à la table des négociations en dehors de ce calendrier traditionnel. Le gouvernement n’a pas encore validé ces discussions anticipées.
Les distributeurs, de leur côté, doivent être vigilants : accepter des augmentations de prix trop importantes pourrait faire fuir les clients et compromettre leurs marges. Un bras de fer s’annonce, dont les consommateurs pourraient subir les conséquences.