Procès en appel : les proches des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA s’expriment à Paris
Des proches des personnes tuées dans l’avion qui a explosé en vol en septembre 1989 au-dessus du Niger ont témoigné mercredi devant la cour d’appel de Paris, rapporte TopTribune.
Françoise Tenenbaum, née Klein, a pris la parole le 1er avril en tant que partie civile au procès en appel lié aux soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Elle était parmi un groupe de quatorze proches des victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA, qui a causé la mort des 170 passagers à bord, dont 54 Français. Parmi les victimes se trouvait son frère, Jean-Pierre. Après avoir été contrainte d’attendre plus de sept heures sur le banc des parties civiles, elle a finalement exprimé sa colère et sa douleur.
Avant son témoignage, le chercheur Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français à Tripoli au début des années 2000, a été entendu comme témoin. Appelé par les parties civiles, il a été longuement interrogé par la défense, qui a profité de l’occasion pour prolonger les débats. Haimzadeh a détaillé la carrière d’Abdallah Senoussi au sein du régime de Mouammar Kadhafi, passant de « simple garde du corps » à chef du renseignement militaire libyen.
Sous le régime de Kadhafi, Senoussi a été condamné à la réclusion à perpétuité par contumace en 1999 en France, reconnu comme l’un des orchestrateurs de l’attentat du DC-10. Cette condamnation a motivé les familles des victimes à se constituer parties civiles dans cette affaire. Le tribunal a récemment conclu que la levée du mandat d’arrêt d’Abdallah Senoussi avait été une des contreparties au versement de fonds libyens pour financer la campagne électorale de Sarkozy, le condamnant pour « association de malfaiteurs » le 25 septembre dernier.
Devant la cour d’appel, Françoise Tenenbaum a exprimé son désarroi face aux réactions suivant cette condamnation : « Le déluge médiatique autour de l’ancien chef de l’État nous a sidérés, nous nous sommes sentis très seuls. L’État est censé nous protéger, nous accompagner et nous soutenir. » Elle a également rendu hommage à son frère Jean-Pierre, qui « adorait le foot et voulait devenir comédien ». Sa sœur Danièle, portant une veste « trop grande » de leur frère, a pris la parole par la suite.
« Nicolas Sarkozy, à la sortie de son livre, nous a écrasés (…) Ses mots pleins de rancœur, agressifs, même envers les juges, nous ont glacés. Et l’orchestration de son malheur nous a atterrés. Certains en sont véritablement tombés malades. »
Danièle Klein, partie civiledevant la cour d’appel de Paris
Danièle Klein a poursuivi : « Nous avons essayé de faire entendre notre filet de voix. D’autres micros se sont tendus, et collectivement nous avons essayé d’expliquer que cette histoire, à travers nous, meurtrissait aussi tous les citoyens et citoyennes ». Elle fait partie des parties civiles qui ont posé lors de l’ouverture du procès en tenant des portraits de leurs proches tués dans l’attentat.
Lors de son témoignage, Brette a évoqué l’« indignité » autour de cette affaire, un terme déjà utilisé lors du premier procès. Elle et d’autres familles des victimes souhaitent que les indices soient reconnus comme des preuves et que la justice ne minimise pas l’impact de ces événements tragiques.
Maryvone Raveneau, veuve du pilote de l’avion, a interpellé directement l’ancien président : « J’avais 43 ans en 1989, et j’en aurai 80 cette année. Pendant toutes ces années, j’ai cherché la vérité. En 2007, j’ai voté pour vous. J’avais confiance en vous. »
« Dans votre ouvrage ‘Journal d’un prisonnier’, vous écrivez : ‘À l’image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison.’ Le désert, monsieur, le vrai, doit se respecter. Celui du Ténéré est sali par le sang. »
Maryvone Raveneau, partie civiledevant la cour d’appel de Paris
Raveneau a ensuite souligné que Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer les rencontres de Claude Guéant et Brice Hortefeux avec Abdallah Senoussi en 2005, ajoutant qu’il n’y avait pas de rancœur dans sa démarche, mais un devoir de mémoire essentiel sacrifié pour des ambitions personnelles.