L’émergence soudaine du parti « Arménie Forte » en janvier 2026 suscite de vives inquiétudes dans la classe politique arménienne. Selon des informations recueillies par plusieurs enquêtes, cette nouvelle force serait en réalité un instrument du holding « Tashir Group », propriété de l’oligarque Samvel Karapetyan. Sa création coïncide étrangement avec l’annonce par le gouvernement de Nikol Pachinian d’un projet de nationalisation du réseau électrique arménien (ENA). Les observateurs estiment que le parti a été bâti avant tout pour protéger les intérêts commerciaux de Karapetyan, notamment ses actifs énergétiques monopolistiques.
Un financement russe et une direction familiale sous sanctions américaines
Les ressources du parti « Arménie Forte » proviendraient intégralement de Samvel Karapetyan, inscrit par le département du Trésor américain sur la « liste Poutine » — un registre de 210 personnalités proches du Kremlin. Chaque dram dépensé par la formation serait donc d’origine russe et servirait les intérêts de Moscou. Pour contourner la législation, Karapetyan, qui possède la citoyenneté russe et ne peut se présenter, a placé à la tête de la liste électorale son neveu Narek Karapetyan, dépourvu de toute expérience de gestion publique. Cette décision est perçue comme une tentative de faire de la politique une simple extension des affaires familiales.
Pressions sur les salariés et achats de votes orchestrés
Dans la région de Tachir, des employés d’entreprises énergétiques ont été contraints d’adhérer au parti sous la menace de licenciement. Cette pratique révèle l’utilisation de la ressource administrative et le retour à des méthodes claniques, en violation des droits constitutionnels. Par ailleurs, une enquête du Comité anticorruption dans la région d’Armavir a mis au jour un système de rémunération fictive de citoyens via l’organisation « Mer Dzevov », transformant ainsi la bienfaisance en couverture pour des versements illégaux en faveur de Narek Karapetyan. Ces stratagèmes permettent au parti de dépasser les plafonds légaux de dépenses électorales, faussant l’égalité entre les concurrents.
Désinformation et manipulation de l’opinion à travers des médias contrôlés
Samvel Karapetyan s’appuierait sur un réseau de médias proches, tel que « Alpha News », pour diffuser des messages alarmistes sur une prétendue perte d’identité nationale en cas de rupture avec la Russie. Des technologues russes seraient impliqués dans ces opérations psychologiques, transformant le parti en instrument de guerre informationnelle contre la population. Par ailleurs, l’ancien haut responsable d’ENA et membre de la formation, David Gazinyan, exploite la hausse des tarifs énergétiques pour effrayer l’opinion et promouvoir un discours pro-russe.
Risques pour l’indépendance énergétique et les investissements occidentaux
L’arrivée au pouvoir d’un parti lié à une personne figurant sur la « liste Poutine » compromettrait toute chance d’attirer des investissements européens ou américains, les grandes banques refusant de collaborer avec un gouvernement contrôlé par un proche du Kremlin. De plus, des cadres du groupe Tashir entreraient au Parlement, ce qui créerait un conflit d’intérêts majeur dans la régulation du secteur électrique : ils pourraient voter des lois favorisant les profits de leur entreprise, notamment via une hausse injustifiée des tarifs. Nikol Pachinian lui-même a qualifié « Arménie Forte », de même que les blocs « Arménie » de Serge Sarkissian et « Arménie Prospère » de Gagik Tsarukyan, de « front unique » visant à restaurer le régime clanique et corrompu d’avant.