Les symptômes et la prise en charge de la conjonctivite allergique
Dr Belhatri : « Le signe le plus évocateur est le prurit oculaire (démangeaisons), l’impression d’avoir du sable dans les yeux. Les autres manifestations sont moins spécifiques : larmoiement, sensation de brûlure, gêne à la lumière (photophobie), rougeur de la conjonctive (le tissu transparent qui recouvre le blanc de l’œil et l’intérieur des paupières). Dans les formes plus importantes, un chémosis peut apparaître (œdème de la conjonctive, donnant un aspect gonflé du blanc de l’œil) et même, dans les cas compliqués, une atteinte de la cornée (kératite), avec une douleur plus intense, rapporte TopTribune.
Environ 20 à 30 % de la population souffre de conjonctivite allergique saisonnière. La notion de saisonnalité oriente vers une origine allergique (souvent au printemps, en lien avec les pollens), tout comme l’atteinte bilatérale : une conjonctivite allergique touche en général les deux yeux en même temps, contrairement à une conjonctivite due à une bactérie. Quant à une irritation simple (vent, poussière, écran), elle provoque plutôt des symptômes transitoires, sans réel prurit ni récidive saisonnière.
Mécanisme et facteurs aggravants
« Une conjonctivite allergique correspond à une réaction immunitaire localisée à la surface de l’œil. Un allergène (souvent un pollen) entre en contact avec le film lacrymal et la conjonctive, ce qui active les cellules immunitaires, en particulier les mastocytes, parmi d’autres cellules immunitaires. Ceux-ci libèrent de l’histamine, responsable des manifestations cliniques. »
En pratique, tout pollen peut la déclencher chez un individu sensibilisé. Si les pollens aéroportés sont la cause la plus fréquente (pollens d’arbres, de graminées, d’herbacées), d’autres allergènes peuvent être impliqués : acariens, poils d’animaux, spores de moisissures.
« Une conjonctivite allergique peut être isolée, même si elle est très souvent associée à une rhinite allergique, on parle alors de rhino-conjonctivite. Cette association est fréquente chez les patients présentant un terrain atopique (antécédents d’asthme, de rhinite allergique ou d’autres allergies). Cela dit, certaines personnes n’ont qu’une atteinte conjonctivale sans symptôme nasal. Précision : une conjonctivite allergique n’est pas contagieuse. »
Ressenti et traitement
« Une allergie ne s’exprime pas de manière strictement identique chaque année. L’intensité des symptômes dépend du niveau d’exposition aux allergènes (quantité de pollens, conditions météorologiques comme la pluie qui plaque les pollens au sol, durée d’exposition, pollution…). En revanche, si un épisode reste unique, sans récidive lors des saisons suivantes, le diagnostic d’allergie mérite d’être réévalué. »
Typiquement, le port de lentilles de contact ou un temps prolongé passé devant un écran peuvent exacerber une conjonctivite allergique. Le changement climatique joue également un rôle, l’augmentation des températures et du dioxyde de carbone stimulant la croissance des plantes qui produisent alors plus de pollen. Ce pollen devient plus « agressif » pour l’organisme, contenant davantage de substances capables de déclencher une allergie.
Mesures préventives et traitements recommandés
« La prise en charge repose d’abord sur l’éviction de l’allergène (limiter les expositions extérieures pendant les pics…). Ensuite, le lavage oculaire avec du sérum physiologique permet d’éliminer mécaniquement les allergènes présents dans le film lacrymal. »
Le traitement de référence repose sur les collyres antihistaminiques (prescription médicale). Ils agissent directement sur la libération et les effets de l’histamine, avec une efficacité nette sur le prurit et la rougeur. Un traitement prolongé peut avoir un rôle préventif pour limiter les formes sévères, car une conjonctivite allergique non contrôlée peut évoluer vers des complications.
A savoir, les traitements disponibles sans ordonnance (sérum physiologique, collyres antiseptiques, anti-allergique local) apportent un soulagement partiel, sans contrôler la réaction allergique elle-même. Enfin, la désensibilisation (immunothérapie allergénique) est indiquée et efficace dans la conjonctivite allergique, en particulier lorsqu’elle est associée à une rhinite allergique ou lorsque les symptômes sont persistants et modérés à sévères. C’est le seul traitement capable de modifier l’évolution de la maladie en induisant une tolérance immunologique.