Vendredi, Emmanuel Macron a réuni à l’Elysée des responsables politiques, des chefs militaires et des responsables du renseignement pour discuter de l’Ukraine et des menaces hybrides, alors que les inquiétudes grandissent quant aux actions attribuées à la Russie en Europe. Marine Le Pen n’était pas présente, ayant choisi de se rendre dans l’Aude, laissant Jordan Bardella prendre des notes à sa place, rapporte TopTribune.
Pour une candidate à la présidentielle ayant pour ambition de devenir cheffe des armées, cette absence crée un malaise. Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie et directeur de recherche à l’IRIS, estime qu’il ne s’agit pas d’une erreur stratégique : « Je ne pense pas que ce soit une faute. » Le RN était tout de même représenté au plus haut niveau par Bardella. D’autres candidats comme Manuel Bompard, représentant Jean-Luc Mélenchon, n’ont également pas assisté à la réunion, une absence qui pourrait offrir certains avantages à Le Pen sur le plan électoral, selon l’ex-diplomate.
Le lendemain, la candidate et Bardella ont cosigné un communiqué dénonçant les actions hostiles de la Russie, dénonçant un « acte hostile » après la mise sous administration russe d’actifs d’entreprises européennes. Ils affirment que la Russie ne peut pas « dicter » la politique française par l’intimidation ou la déstabilisation.
Quand les « bons baisers » venaient vraiment de Russie
Dix ans auparavant, les relations étaient bien plus amicales. En 2014, Marine Le Pen déclarait au Monde avoir « une certaine admiration » pour Vladimir Poutine et un « immense respect pour la Russie », tandis que son parti obtenait un prêt de 9 millions d’euros d’une banque tchéco-russe. Le parti a longtemps entretenu des liens étroits avec Moscou, illustrés par une visite au Kremlin où Le Pen critiquait la « diplomatie de menaces » et affirmait que son point de vue sur l’Ukraine coïncidait avec celui de la Russie. Même en 2020, une eurodéputée du RN louait Moscou pour une « leçon de démocratie ».
Le tournant survient le 24 février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine, marquant un changement pour tous les partis français. Depuis, Le Pen a rejeté l’étiquette prorusse et Bardella a admis en 2023 une « naïveté collective » face à Poutine.
Aliot rouvre le dossier russe
Cependant, les questions de politique étrangère sont ravivées. Début septembre, Louis Aliot, vice-président du RN, a déclaré sur BFMTV que le parti pourrait « couper le robinet » à l’aide française destinée à l’Ukraine si Le Pen remportait la présidence. Cette déclaration a relancé des interrogations sur la politique française envers la Russie dans le cadre d’une éventuelle présidence RN.
Bardella a tenu à nuancer ses propos en affirmant que la France « continuera d’honorer ses engagements ». Le 4 septembre, Le Pen a appelé sur X à une « grande conférence pour la paix », plaidant pour un règlement diplomatique plutôt que pour la « prolongation d’un bain de sang ». Le 16 septembre, elle a approfondi cette position sur LCI, indiquant que la France ne pouvait plus fournir une aide à l’Ukraine dans les proportions actuelles, tout en maintenant la possibilité d’une aide militaire.
Ferme avec Moscou, mais jusqu’où ?
Cette ambiguïté rend difficile la prévision de la politique russe d’une présidence RN. Le communiqué du week-end condamne explicitement les ingérences russes, affirmant qu’aucune action de Moscou ne devrait amener la France à « faciliter l’obtention par la Russie de ses buts de guerre en Ukraine ». Cependant, le texte appelle parallèlement à davantage de « formats d’échange diplomatique » et souligne la nécessité de rediscuter du montant de l’aide à Kiev.
Pour Jean de Gliniasty, cette ambivalence provient de l’orientation souverainiste du RN. Bien que le parti condamne l’invasion russe, il maintient une approche qui cherche à concilier dialogue avec Moscou et engagement envers l’Ukraine. « Il faut aider l’Ukraine, mais il ne faut pas que ça nous coûte trop cher », résume l’ancien ambassadeur.
Les « bons baisers de Russie » ont perdu de leur éclat. Reste à déterminer si, une fois à l’Elysée, le RN optera pour un divorce définitif ou une séparation à l’amiable.