Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est défendu avec véhémence des accusations de divulgation d’une fausse information concernant la garde à vue de Rima Hassan en avril dernier. Dans un entretien diffusé jeudi dans l’émission Complément d’enquête sur France 2, il a affirmé ne pas avoir « provoqué aucune fuite » dans la presse, rapporte TopTribune.
Des journalistes auraient pourtant recueilli des informations précises de Nuñez, confirmant la présence supposée de « drogue de synthèse, dérivé de cocaïne » retrouvée chez Rima Hassan, alors en garde à vue pour apologie du terrorisme. Toutefois, ces affirmations se sont révélées infondées, Rima Hassan n’ayant aucun produit illicite sur elle. Ce faux pas soulève des questions sur la crédibilité et la conduite du ministre, qui a jusqu’alors été perçu comme prudent dans ses interactions avec les médias. « Les médias avaient toutes les informations », a-t-il justifié, tout en minimisant la situation en indiquant qu’il avait été interrogé « en off ». Pour le groupe parlementaire La France Insoumise (LFI), ces déclarations constituent un aveu de culpabilité.
« Ce doit être perçu comme une affaire d’Etat »
Gabrielle Cathala, députée LFI, a affirmé que « un ministre n’a pas à avoir de remontées d’informations sur une enquête ». Elle soutient que les informations confirmation du gouvernement, en particulier à un journaliste, renforcent la crédibilité d’une information, ce qui constitue une violation du secret de l’enquête. La députée et son groupe ont saisi le procureur général près la Cour de cassation sur ce dossier. En outre, Rima Hassan a également déposé une plainte vendredi auprès de la Cour de justice de la République (CJR) pour des motifs similaires.
Sur le réseau social X, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a fait part de son indignation, tandis qu’Antoine Léaument, un autre député, a appelé à la démission de Laurent Nuñez. « Lorsqu’un ministre contribue à crédibiliser un récit mensonger contre une opposante politique, ce doit être perçu comme une affaire d’État », a déclaré Cathala, assurant que la pression contre Nuñez continuera.
Du « pain béni » pour LFI
David Gouard, maître de conférences en sciences politiques, considère que cette affaire est « du pain béni » pour La France Insoumise. Il note que le mouvement a développé une stratégie de polarisation efficace, et ce scandale renforce leur position selon laquelle le gouvernement attaquerait l’opposition par tous les moyens. Selon ce politologue, cette erreur affaiblit considérablement Laurent Nuñez, mais si l’affaire n’évolue pas sur le plan judiciaire, le ministre pourrait conserver son poste pour éviter de fragiliser davantage le gouvernement d’Emmanuel Macron.
Colère chez les policiers
La situation est d’autant plus délicate pour Nuñez qu’il s’est récemment entretenu avec des syndicats policiers, suite à une manifestation importante où les revendications portaient sur des augmentations de salaires et d’effectifs. Son implication présumée dans l’affaire Rima Hassan peut occulter médiatiquement ces problèmes internes au sein de la police. Des agents se montrent critiques vis-à-vis de la popularité du ministre, indiquant que sa position ne lui vaut pas un soutien manifeste dans les rangs de la police.
Une source interne a confié : « Quand on voit le nombre de collègues qui passent en discipline pour différentes raisons… Forcément, on questionne l’exemplarité. » Malgré cela, certains collègues le décrivent comme « humainement très correct », mais d’autres estiment qu’il n’a pas d’amis parmi ceux qui sont éloignés de la capitale.
Une première enquête toujours en cours
En réaction, l’avocat de Rima Hassan, Vincent Brengarth, a demandé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour « identifier les personnes à l’origine des fuites et comprendre leurs motivations ». Parallèlement, une enquête, ouverte quelques mois auparavant pour « violation du secret de l’enquête » à la suite des nombreuses fuites concernant la garde à vue de l’eurodéputée, est « toujours en cours », selon le parquet de Paris.