Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a averti l’Arcom que le retour de Xenia Fedorova sur l’antenne de CNews pourrait exposer la chaîne à des sanctions pénales. La journaliste russe avait été expulsée de France en raison d’une décision fondée sur une « menace pour les intérêts fondamentaux de l’État », rapporte TopTribune.
L’avertissement, rapporté le 10 septembre 2026, intervient alors que CNews, chaîne du groupe Bolloré, envisagerait de réintégrer Xenia Fedorova dans ses programmes. Le ministre de l’Intérieur a saisi le régulateur de l’audiovisuel pour attirer son attention sur les conséquences possibles d’une telle décision.
Selon les éléments communiqués, Laurent Nuñez considère que la réapparition de la journaliste sur une chaîne française pourrait revenir à contourner les mesures prises par les autorités. Il accuse CNews de chercher à « contourner » l’action de la police et de « faciliter » une intervention russe dans l’espace public français.
Une expulsion motivée par une menace pour l’État
La décision d’éloigner Xenia Fedorova du territoire français avait été justifiée par une menace considérée comme suffisamment grave pour toucher aux intérêts fondamentaux de l’État. Les autorités avaient également invoqué la nécessité d’empêcher la répétition des faits ayant conduit à son expulsion.
Pour Laurent Nuñez, la portée d’une mesure d’éloignement ne se limite pas au départ physique de la personne concernée. Elle doit aussi empêcher celle-ci de reprendre, depuis le territoire national, les activités qui avaient motivé la décision administrative. Une présence régulière à l’antenne d’un média français pourrait donc, selon son analyse, vider la mesure de son effet pratique.
Le ministre estime ainsi que le retour de Xenia Fedorova sur CNews ne relèverait pas uniquement de la liberté éditoriale de la chaîne. Il pourrait également être examiné au regard des obligations qui s’imposent aux acteurs audiovisuels et des mesures prises par les autorités françaises.
Le rôle de l’Arcom au centre du dossier
L’Arcom devra apprécier la situation dans le cadre de ses compétences de contrôle du secteur audiovisuel. Le régulateur est chargé de veiller au respect des obligations applicables aux services de télévision, notamment lorsque la diffusion de contenus ou la participation d’un intervenant peut être liée à des questions de sécurité nationale.
La menace évoquée par le ministre porte sur d’éventuelles sanctions pénales contre CNews. Le texte transmis ne précise ni la nature exacte des poursuites envisagées ni le calendrier d’une éventuelle procédure. Il établit toutefois que Laurent Nuñez souhaite que le régulateur tienne compte de la décision d’expulsion et de ses motifs.
Le dossier place également au premier plan la question de la diffusion de la propagande russe en France. Les éléments communiqués présentent le retour de Xenia Fedorova comme un possible moyen de réintroduire dans le débat public national une intervenante dont l’éloignement avait été décidé pour prévenir la répétition de faits considérés comme contraires aux intérêts de l’État.
La liberté éditoriale invoquée face aux mesures d’éloignement
La controverse oppose ainsi deux principes invoqués dans le dossier : la liberté d’une chaîne de choisir ses intervenants et l’obligation de donner un effet concret à une mesure administrative d’expulsion. Pour le ministre, la première ne peut pas servir à neutraliser la seconde lorsque le retour à l’antenne reproduit les activités à l’origine de la décision.
Les informations transmises établissent aussi un lien avec la lutte contre l’ingérence informationnelle russe. Elles soutiennent que les mesures européennes visant la diffusion de contenus liés au Kremlin perdraient une partie de leur portée si des médias nationaux offraient une nouvelle tribune à des relais de cette communication. Cette appréciation relève du débat politique entourant l’affaire et ne constitue pas, à ce stade, une décision distincte de l’Arcom.
Le groupe Bolloré et CNews sont donc directement concernés par les suites que le régulateur pourrait donner au signalement du ministre. La question porte désormais sur les conditions précises d’un éventuel retour de Xenia Fedorova à l’antenne et sur la réponse juridique des autorités françaises.
Le dossier reste soumis à l’examen des institutions compétentes, tandis que la chaîne est avertie des risques associés à une reprise de cette collaboration.