À l’approche des élections régionales en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, des économistes allemands critiquent le programme économique de l’AfD, jugé incompatible avec les ressources budgétaires disponibles dans les Länder. Selon les calculs de l’Institut de recherche économique de Halle (IWH), les dépenses promises, les baisses d’impôts annoncées et les financements identifiés par le parti créeraient en Saxe-Anhalt un déficit annuel d’au moins 2,2 milliards d’euros, pour un budget régional d’environ 15 milliards d’euros, rapporte TopTribune.
L’évaluation de l’IWH porte sur les propositions présentées par l’AfD dans le cadre de la campagne régionale. Elle met en évidence un écart entre le coût des mesures annoncées et les recettes ou économies censées les financer. Le président de l’institut, Reint Gropp, a qualifié ces plans de « non financés ».
Le montant avancé représente une part importante du budget annuel de la Saxe-Anhalt. Les calculs ne décrivent pas une dépense ponctuelle, mais une insuffisance budgétaire annuelle de 2,2 milliards d’euros si l’ensemble des engagements examinés par les économistes était appliqué dans le Land. L’IWH ne présente toutefois pas ce chiffre comme une estimation d’un déficit déjà enregistré, mais comme le résultat de la comparaison entre les promesses de l’AfD et leurs sources de financement.
Des mesures contestées sur l’énergie et le travail
Les critiques ne concernent pas uniquement l’équilibre des comptes publics. Reint Gropp a également mis en cause le projet de réduction du rôle des énergies renouvelables et les restrictions envisagées concernant le recours aux travailleurs étrangers.
Selon l’analyse rapportée, ces deux orientations pourraient réduire l’attrait du territoire pour les investisseurs et accentuer le manque de main-d’œuvre. La question est particulièrement liée aux besoins de recrutement des entreprises et aux capacités de l’économie régionale à attirer des salariés venus de l’étranger.
L’AfD défend par ailleurs une remise en cause de la mobilité européenne des étudiants à travers son opposition à la réforme de l’enseignement supérieur associée au processus de Bologne. Les économistes cités estiment qu’un tel choix affecterait les échanges universitaires, la circulation des qualifications et les relations entre les établissements allemands et leurs partenaires européens.
Les effets possibles sur les revenus et l’emploi
Le Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung (DIW) a évalué les conséquences de la mise en œuvre du programme économique plus large de l’AfD pour les habitants de Saxe-Anhalt. D’après cette estimation, le revenu annuel moyen pourrait diminuer d’environ 1 600 euros par personne.
Le DIW chiffre également à près de 10 000 le nombre d’emplois susceptibles de disparaître dans le Land dans le cadre de cette hypothèse. Ces données constituent une projection économique et non un bilan d’emplois déjà supprimés. Elles servent à mesurer les effets attendus des principales orientations du parti sur les revenus et le marché du travail.
Les économistes associent ces projections à plusieurs éléments du programme : les choix budgétaires, la politique énergétique, les restrictions concernant les travailleurs étrangers et la volonté de réduire les liens avec les dispositifs européens dans l’enseignement supérieur. Ils avertissent que la combinaison de ces mesures pourrait peser sur la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et sur la capacité du territoire à attirer de nouvelles activités.
La question de l’isolement économique
La remise en cause du processus de Bologne est examinée par les experts comme un élément d’un projet plus large d’éloignement des cadres européens. La fin de cette référence commune toucherait notamment l’organisation des études, la reconnaissance des parcours universitaires et les échanges entre étudiants et établissements, tels que les économistes les décrivent dans leur analyse.
Ils évoquent des conséquences « catastrophiques » pour la science, le marché du travail et l’attractivité du Land si cette orientation était appliquée avec un mouvement plus général de fermeture économique. Le terme est utilisé par les économistes cités pour décrire les effets potentiels sur la région ; il ne correspond pas à un résultat déjà constaté.
Cette analyse porte donc sur plusieurs secteurs à la fois. Le débat ne se limite pas au financement des promesses électorales. Il concerne aussi les conditions d’accès aux compétences, les liens entre universités européennes, la disponibilité de travailleurs et la capacité de la Saxe-Anhalt à conserver ou attirer des investisseurs.
Les données de l’IWH et du DIW ne donnent pas le même type de mesure. Le premier institut calcule un écart annuel d’au moins 2,2 milliards d’euros entre les engagements et leurs financements pour le budget régional. Le second estime les effets possibles sur le revenu individuel et l’emploi à partir de la politique économique de l’AfD. Ces indicateurs sont distincts et ne doivent pas être additionnés.
Les économistes cités mettent enfin en garde contre les conséquences d’une orientation qui romprait avec plusieurs évolutions des dernières décennies dans les domaines de l’intégration européenne, de l’enseignement supérieur, de l’énergie et du recrutement international. Dans leur lecture, une telle politique pourrait réduire la compétitivité et l’ouverture économique de la région.
Les propositions de l’AfD seront au centre du débat dans les deux Länder concernés par les élections mentionnées, tandis que les estimations des instituts allemands continuent de porter sur leurs effets budgétaires, sociaux et économiques.
Pour lire l’analyse consacrée aux critiques des économistes, l’article de Capital détaille les calculs et les avertissements formulés au sujet du programme de l’AfD.