Edouard Philippe a temporairement abandonné son rôle de candidat pour revêtir un tablier de vendeur de frites, dimanche, à Tourcoing (Nord). Cet événement visait à mettre en lumière le récent ralliement de Gérald Darmanin à son équipe politique. « Sois généreux », a lancé le ministre de la Justice, salière en main, à ses côtés. Cette mise en scène n’est pas nouvelle dans le paysage de la communication politique. La semaine précédente, c’était Raphaël Glucksmann, candidat de Place Publique, qui s’était affiché avec son nouvel allié, l’écologiste Yannick Jadot, lors d’une visite d’un parc éolien en Charente-Maritime. Toutefois, la question demeure : les ralliements ont-ils réellement un impact significatif dans une campagne ?, rapporte TopTribune.
« Ça a un impact »
Edouard Philippe a souligné dimanche, lors de sa visite à Tourcoing, l’importance de regrouper ses partisans autour de ses idées. « Tous ceux qui se reconnaissent dans ces idées simples doivent s’unir pour éviter de sombrer dans la soi-disant ‘nouvelle France’ de LFI ou dans l’identitarisme nationaliste et gauchisant de Mme Le Pen », a déclaré le maire du Havre. Parmi ses soutiens, les ralliements de figures macronistes, tels que celui du garde des Sceaux, du ministre de l’Europe Benjamin Haddad ou de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, sont perçus comme un atout pour affaiblir le candidat rival, Gabriel Attal.
« On constate une dynamique de ralliement en faveur d’Edouard Philippe, et d’autres suivront. C’est le seul candidat capable de rassembler la droite et le centre », a affirmé Maël de Calan, l’un de ses porte-paroles, ajoutant avec humour que « c’est plus facile de se réjouir de l’arrivée d’un poids lourd que de pleurer le départ d’un traître ». La situation n’est pas très différente à gauche, où les partisans de Raphaël Glucksmann saluaient ce week-end à Blois les nouveaux soutiens de campagne.
« Un ralliement doit avoir du sens »
Les arrivées de personnalités politiques influentes peuvent-elles constituer un tournant dans une campagne présidentielle ? « Cela a un effet sur la production d’images et permet de construire un discours de communication plus solide », reconnaît Bruno Cautrès, chercheur CNRS au CEVIPOF. Cependant, le politologue nuance en indiquant que, bien que les ralliements créent une dynamique visible et occupent l’espace médiatique, leur impact réel sur le public français reste généralement limité. Lors de la dernière élection présidentielle en 2022, Eric Zemmour avait certes attiré de nombreux cadres du Rassemblement national, mais cela ne l’a pas empêché de s’effondrer au premier tour, terminant à plus de 15 points derrière Marine Le Pen.
De ce fait, bien que les ralliements ne soient pas déterminants pour gagner une élection, ils peuvent représenter un avantage significatif au sein d’une campagne interne. « La base électorale de la primaire socialiste est relativement restreinte. Recevoir le soutien d’une figure influente comme Boris Vallaud peut avoir un impact sur les courants internes du parti, influençant ainsi le résultat final », poursuit Bruno Cautrès.
La droite sociale, un message électoral ?
Pour qu’un ralliement soit utile, il doit également avoir un but politique clair. Lorsque Raphaël Glucksmann choisit Yannick Jadot pour son premier déplacement de campagne, il répond indirectement aux efforts de « séduction » lancés par Jean-Luc Mélenchon auprès des écologistes. « Un ralliement doit avoir du sens », conclut Bruno Cautrès. « Ce n’est pas seulement une question de personnes, mais un message adressé à un secteur spécifique de l’électorat. » Avec le soutien de Gérald Darmanin, Edouard Philippe vise ainsi à capitaliser sur la notion de ‘droite sociale’ pour contrer les critiques portant sur son projet jugé « de sang et de larmes » par ses adversaires.