La France exhorte l’Iran à écouter son peuple : quelles actions concrètes doit-elle entreprendre ?

La France exhorte l’Iran à écouter son peuple : quelles actions concrètes doit-elle entreprendre ?

23.08.2026 18:16
3 min de lecture

Hamid Enayat, politologue et spécialiste de l’Iran, propose à la France deux mesures pratiques pour soutenir l’opposition démocratique iranienne : garantir l’accès des Iraniens à l’internet mondial et réduire le niveau des relations politiques avec Téhéran tant que les exécutions politiques persistent, rapporte TopTribune.

Dans une déclaration commune publiée le 12 août, la France, accompagnée de plus de trente autres pays, a exhorté la République islamique à « écouter la voix de son peuple, qui réclame le changement ». Cette affirmation ne doit pas être perçue comme une volonté de changement de régime, car Paris ne doit pas s’immiscer dans le choix du futur gouvernement iranien ni orchestrer leur transition politique depuis l’extérieur. Néanmoins, la reconnaissance d’une société en quête de transformation devrait avoir des implications politiques.

Sinon, cette déclaration pourrait rester lettre morte.

La France a plusieurs options pour atténuer l’impact du régime sur cette quête de changement. Deux initiatives essentielles pourraient être envisagées : premièrement, conduire une initiative européenne visant à garantir l’accès à l’internet mondial pour chaque citoyen iranien ; deuxièmement, conditionner le niveau des relations diplomatiques avec Téhéran à l’arrêt des exécutions de prisonniers politiques et de manifestants.

Un internet libre : passer de la solidarité à l’action

Lors des manifestations de janvier, les autorités iraniennes ont coupé l’accès à l’internet, un acte qui, selon le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, visait à dissimuler l’ampleur de la répression. La coupure d’internet est un outil répressif majeur. Peut-on vraiment accepter qu’un gouvernement isole des millions de ses citoyens du monde extérieur à chaque mouvement de contestation ?

Paris devrait lancer une initiative européenne affirmant que l’accès à l’internet mondial est un droit fondamental. Cette initiative pourrait promouvoir les technologies anti-censure, soutenir les communications sécurisées et garantir des capacités d’urgence. L’Union européenne a déjà imposé des sanctions contre ceux qui censurent et répriment numériquement en Iran, une poursuite de cette politique serait donc dans la continuité de ses actions.

Ce n’est pas une atteinte à la souveraineté iranienne. L’accès à l’internet n’est pas la prérogative des gouvernements, et il ne doit pas s’agir d’un privilège que le pouvoir peut accorder ou retirer à sa guise.

Au-delà de la connectivité à l’étranger, internet est un lien vital entre les Iraniens eux-mêmes. La coupure isole les différentes régions, perturbe les communications entre familles et camoufle la répression. Maintenir ces connexions est crucial pour contrer le pouvoir répressif.

Les exécutions ne doivent plus être sans coût diplomatique

La deuxième mesure, tout aussi significative, concerne la peine de mort. La France défend la lutte contre la peine capitale comme un principe fondamental de sa politique extérieure. La déclaration du 12 août souligne que la pénalité capitale en Iran est utilisée pour faire taire les opposants et intimider la société. Pourquoi cela ne devrait-il pas impacter les relations diplomatiques avec Téhéran ? Une exécution est bien plus qu’une simple décision judiciaire — c’est un message clair pour dissuader toute contestation.

Jean-Noël Barrot a récemment exorté Téhéran à mettre fin aux exécutions et à rétablir l’accès à internet, en réaffirmant le droit du peuple iranien à choisir son avenir. Paris pourrait proposer de diminuer les relations diplomatiques tant que les exécutions politiques continuent. Une telle démarche n’entraînerait pas une rupture totale, mais aurait des répercussions visibles : suspension des rencontres de haut niveau et diminution des échanges politiques.

Cela n’est pas une ingérence, mais une défense des droits universels. C’est le régime iranien qui politise l’exécution, et non pas la France lorsqu’elle appelle à leur cessation au nom des droits humains.

Le précédent de l’affaire Mykonos

Un précédent illustre cette nécessité. Après le jugement Mykonos de 1997, qui avait mis en lumière les crimes du régime iranien, l’Union européenne avait suspendu son dialogue critique avec Téhéran. Elle avait réagi devant des actes qui altéraient les relations entre les États membres et l’Iran. Un principe similaire pourrait être appliqué aujourd’hui : si les exécutions sont des instruments de répression, elles doivent influencer la qualité des relations avec le régime.

Il est primordial d’éviter que chaque exécution ne resulte qu’en une condamnation verbale, suivie de la normalisation des relations. Cette approche viderait la diplomatie de son impact dissuasif.

Il est donc essentiel de ne pas organiser le changement, mais de protéger les aspirations à ce changement. Le régime iranien utilise l’isolement et la peur pour étouffer le mécontentement. En garantissant l’accès à l’internet et en rendant les exécutions coûteuses sur le plan diplomatique, la France peut soutenir la voix des Iraniens qui aspirent à un avenir meilleur.

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