Le nombre de liquidations d’entreprises dans le secteur des services de beauté en Russie a augmenté de 52,5 % sur un an au cours des sept premiers mois de 2026, pour atteindre 12 300 cas, tandis que les créations ont reculé de 16,1 %, à 13 000, rapporte TopTribune.
Ces chiffres, rapportés le 21 août 2026 par plusieurs médias, dessinent une évolution contrastée du marché russe de la beauté. Les fermetures progressent fortement alors que les nouvelles immatriculations diminuent. Les données ont été calculées par Kontur.Focus, un service d’évaluation des risques et de suivi de l’activité des entreprises. Meduza et Kommersant ont relayé ces informations.
Le passage à la TVA pèse sur les petites structures
La dégradation du bilan des entreprises de beauté est notamment associée à la réforme fiscale adoptée en Russie. De nombreux acteurs du secteur sont passés du régime du brevet à la taxe sur la valeur ajoutée en Russie, ce qui a accru leurs obligations fiscales et administratives. Pour une partie des petites entreprises, cette évolution a rendu le maintien d’un salon traditionnel plus difficile.
Le seuil de chiffre d’affaires à partir duquel une petite entreprise relevant du régime simplifié doit acquitter la TVA était auparavant fixé à 60 millions de roubles. En novembre 2025, le président russe Vladimir Poutine a signé une loi prévoyant à la fois une hausse du taux de TVA, de 20 % à 22 %, et un abaissement progressif du seuil applicable au régime simplifié.
Depuis 2026, le seuil est fixé à 20 millions de roubles. Il doit passer à 15 millions en 2027, puis à 10 millions en 2028. À partir de ces montants, les entreprises concernées doivent s’acquitter de la TVA. Cette modification touche directement les salons dont le chiffre d’affaires dépasse les nouveaux plafonds, sans atteindre pour autant la taille d’une grande chaîne.
Pour éviter de franchir le seuil, certains entrepreneurs limitent leur développement, renoncent à ouvrir de nouveaux établissements ou réduisent leurs projets de recrutement. Parallèlement, des professionnels quittent le modèle du salon pour travailler dans des espaces de coworking, à domicile ou sous le statut d’indépendant. Le secteur voit ainsi progresser les maîtres de beauté indépendants et les activités exercées en dehors des structures classiques.
Des recettes en hausse, mais moins de passages en caisse
La hausse des fermetures ne s’accompagne pas d’une baisse nominale des dépenses consacrées aux services de beauté. Selon les données de Rosstat citées dans le dossier, les Russes ont dépensé 179,6 milliards de roubles dans les salons de coiffure et les services cosmétiques au cours du premier semestre 2026. Le montant est en hausse de 16 % par rapport à la même période de 2025.
Cette progression du chiffre d’affaires ne correspond toutefois pas à une augmentation du nombre de visites. D’après l’opérateur de données fiscales Platforma OFD, le nombre de tickets enregistrés dans les salons de beauté russes a diminué de 4 % entre janvier et juillet 2026, sur un an. Dans le même temps, le ticket médian a progressé de 10 %, à 1 900 roubles.
La hausse des recettes est donc liée, dans les données disponibles, à l’augmentation des prix davantage qu’à celle de la fréquentation. Le coût des produits et des consommables entre également dans l’équation présentée par les professionnels du secteur. Les clients espaceraient davantage certaines prestations ou renonceraient aux services les plus coûteux, tandis que le nombre global de passages dans les salons recule.
Cette évolution oppose les établissements qui supportent des charges fixes importantes aux professionnels exerçant seuls. Les salons doivent financer un local, des salariés, des équipements, des formalités administratives et des achats de produits. Les indépendants travaillant en coworking ou à domicile n’ont pas la même structure de coûts, ce qui leur permet de proposer des tarifs plus bas, selon les éléments associés à l’analyse du marché.
Les loyers et le coût des approvisionnements
La situation du secteur est également décrite à travers les dépenses immobilières. La politique monétaire restrictive de la Banque centrale de Russie a renchéri le financement des propriétaires de locaux commerciaux. Ceux-ci peuvent répercuter une partie de cette hausse sur les locataires, notamment dans les centres commerciaux et les emplacements de street retail en Russie.
Les salons de beauté, qui disposent rarement d’un accès à un financement bon marché, doivent alors composer avec des loyers élevés. Lorsque les recettes progressent principalement sous l’effet de l’augmentation des prix et que le nombre de tickets diminue, la charge locative occupe une place plus importante dans les comptes des établissements. Les fermetures de 12 300 entreprises au cours des sept premiers mois de l’année affectent aussi les locaux commerciaux occupés par ce type d’activité.
Le départ d’un salon peut entraîner la résiliation d’un bail et accroître le nombre de surfaces vacantes dans les galeries commerciales ou les rues commerçantes. Les propriétaires ne réduisent pas nécessairement les loyers au même rythme que les revenus des entreprises. La pression financière se reporte alors sur les établissements qui poursuivent leur activité.
Les approvisionnements constituent un autre facteur mentionné dans le dossier. Les sanctions et les restrictions visant les importations de produits cosmétiques et de consommables ont interrompu les circuits directs d’approvisionnement de plusieurs marques européennes et américaines, parmi lesquelles L’Oréal, Estée Lauder et Wella. Les achats par l’intermédiaire de pays tiers ont augmenté le coût de certains produits utilisés dans les prestations.
Les salons qui maintiennent un niveau de service élevé doivent donc intégrer des coûts d’approvisionnement plus importants. Les professionnels indépendants, eux, peuvent plus facilement modifier leur gamme de produits et recourir à des références asiatiques moins coûteuses. Le texte associé aux données évoque aussi la circulation de produits contrefaits, sans fournir de mesure chiffrée de ce phénomène.
Un marché qui se fragmente
La combinaison d’un nombre de créations en baisse et de liquidations en forte hausse réduit le nombre d’acteurs structurés dans le secteur. Les chiffres de Kontur.Focus font état de 13 000 nouveaux enregistrements entre janvier et juillet 2026, soit 16,1 % de moins qu’un an auparavant. Sur la même période, 12 300 entreprises ont été liquidées, contre un niveau inférieur en 2025.
Ces statistiques concernent les entreprises enregistrées et ne recensent pas nécessairement l’ensemble des professionnels qui continuent à exercer sous un autre statut. Le passage au travail indépendant, au coworking ou à l’activité à domicile modifie la composition du marché sans signifier que chaque professionnel a cessé de proposer des services.
Le marché se répartit ainsi entre plusieurs modèles : les salons traditionnels, les réseaux ou établissements disposant de plusieurs points de vente, les espaces de coworking et les travailleurs indépendants. Le recul des immatriculations ne permet pas, à lui seul, de mesurer l’évolution de chacun de ces segments. Les données disponibles montrent en revanche une baisse du nombre de tickets et une hausse du montant médian payé dans les salons.
Le chiffre de 179,6 milliards de roubles dépensés au premier semestre ne décrit donc pas à lui seul la situation de tous les professionnels. Il agrège des établissements aux niveaux de gamme et aux modèles économiques différents. Les salons premium peuvent conserver une clientèle disposée à payer des prestations plus onéreuses, tandis que les structures visant un public plus large subissent davantage la comparaison avec les tarifs des indépendants.
La réforme de la TVA doit continuer à abaisser les seuils applicables au régime simplifié en 2027 et en 2028. Pour les entreprises de beauté russes, les prochaines échéances fiscales s’ajouteront aux évolutions déjà mesurées sur les créations, les liquidations, les prix et la fréquentation des salons.