Mykhaïlo Fedorov appelle à des élections en pleine loi martiale, la réaction des analystes face à la politique ukrainienne
Limogé par Volodymyr Zelensky en juillet dernier, l’ex-ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov a créé la surprise en réclamant l’organisation d’élections, pourtant interdites par la loi martiale en vigueur. Cette prise de position soulève des questions essentielles sur l’état du paysage politique ukrainien en pleine guerre. L’analyste géostratégique Nicolas Tenzer analyse cette situation complexe et met en avant les implications potentielles de cette déclaration, rapporte TopTribune.
Le limogeage de Fedorov, suivi de son appel aux élections, marque un tournant significatif dans la politique ukrainienne. Selon Tenzer, cette initiative pourrait être perçue comme un signe d’une opposition structurée, bien que cela soulève également des interrogations sur ses motivations et sur le soutien dont il bénéficie actuellement.
Nicolas Tenzer : « Fedorov n’est pas un politicien au sens traditionnel, il a d’abord été un proche de Zelensky, responsable de sa campagne numérique. Sa popularité, en particulier parmi les jeunes Ukrainiens, découle de sa volonté de combattre la corruption. Cependant, après son appel aux élections, plusieurs de ses soutiens ont commencé à s’éloigner. »
Selon les lois en vigueur, la Constitution et la loi martiale interdisent les élections pendant la guerre. Tenzer souligne les défis logistiques, sécuritaires et matériels liés à la tenue de telles élections dans un contexte de guerre, où des millions de personnes sont déplacées ou coupées de toute information.
Interrogé sur la possibilité que la demande de Fedorov renforce la propagande russe, Tenzer concède qu’il pourrait involontairement alimenter ce discours, même s’il ne semble pas obnubilé par des intentions pro-russes. Les points de vue pro-russes ont déjà utilisé cet épisode pour contester la légitimité de Zelensky.
Concernant l’impact sur la structure de commandement et l’efficacité de l’effort de guerre, Tenzer affirme qu’aucun risque immédiat n’est à prévoir. Le nouveau chef d’état-major et le ministre de la Défense actuels bénéficient d’une légitimité indiscutable, ce qui reste un atout pour la cohésion nationale.
Enfin, il évoque la lassitude croissante face à la gouvernance centrale. Bien que cette frustration soit présente depuis plusieurs années, Tenzer note qu’elle n’a pas encore conduit à de véritables divisions au sein de la population ukrainienne, soulignant que des figures emblématiques comme Zelensky demeurent encore populaires malgré les périls à venir.