Le traité d'amitié franco-marocain : fondement d'une alliance économique pérenne.

Le traité d’amitié franco-marocain : fondement d’une alliance économique pérenne.

12.08.2026 18:36
4 min de lecture

Un traité d’amitié inédit entre la France et le Maroc

À la faveur de la visite du Premier ministre français Sébastien Lecornu à Rabat en juillet 2026, les deux capitales ont confirmé la finalisation d’un traité d’amitié inédit, attendu pour l’automne 2026 lors de la visite d’État du roi Mohammed VI à Paris., rapporte TopTribune.

Ce document marquera la fin d’une séquence entamée en 2024, lorsque Paris a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Ce tournant a définitivement levé le principal obstacle aux relations bilatérales, permettant à Rabat d’élargir sa coopération à divers secteurs de son modèle économique, notamment dans l’industrie, l’énergie et les infrastructures.

Le traité d’amitié, qualifié d’« hors norme » par les deux nations, repose sur quatre axes essentiels : l’économie et l’industrie, la sécurité et la défense, la culture et la francophonie, ainsi que la géopolitique avec un soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. Ce sera le premier accord de cette nature signé par la France avec un pays qui ne fait pas partie de l’Union européenne, conférant ainsi une nouvelle structure à ses relations au sein du Maghreb.

Sur le plan économique, ce traité va formaliser une réalité déjà en place : la France est le premier investisseur étranger au Maroc, représentant plus de 30 % des investissements directs étrangers (IDE), tout en étant l’un des principaux partenaires commerciaux du Maroc. Parallèlement, ce dernier a émergé comme le premier partenaire commercial africain de la France avec plus de 14 milliards d’euros d’échanges annuels. Près de 1 000 filiales d’entreprises françaises, dont de nombreuses appartenant au CAC 40, emploient plus de 150 000 personnes au Maroc, contribuant à faire du pays un centre de croissance pour les industries européennes.

Du dégel au réchauffement

La lettre d’Emmanuel Macron au roi Mohammed VI, envoyée en 2024, affirmant que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », constitue un point de basculement : cette déclaration a levé une incertitude politique majeure et ouvert la voie à une série d’accords d’investissement totalisant environ 10 milliards d’euros. Ces engagements concernent des secteurs clés de la compétitivité marocaine, notamment l’automobile, le ferroviaire (incluant la nouvelle ligne TGV Tanger–Marrakech et divers projets de transport urbain), les transports maritimes, les énergies renouvelables, l’agroalimentaire, les télécommunications, la finance, et plus récemment, l’industrie de défense.

La visite de Sébastien Lecornu à Rabat en juillet 2026 s’inscrit dans cette dynamique. Accompagné de douze ministres, dont notamment ceux des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de l’Économie, le Premier ministre français a co-présidé la quinzième Réunion de haut niveau France-Maroc, une rencontre qui n’avait pas eu lieu depuis 2019. Quatorze accords ont été signés, touchant des domaines tels que l’économie, la défense, la sécurité intérieure, la migration et la coopération industrielle. Ces accords couvrent un éventail de sujets allant de l’interconnexion électrique sous-marine à des projets de transport régional à Rabat, en passant par l’aviation civile, la gestion de l’eau et la transition énergétique. Ils reflètent une volonté commune de faire du traité d’amitié un cadre dans lequel les intérêts marocains et français s’entremêlent pour un bénéfice mutuel.

Pour Rabat, l’objectif est clair : ancrer la France comme un partenaire stratégique dans la diversification de son économie, alors que le Royaume se projette vers les années 2035-2040. Ses secteurs de compétitivité, tels que l’automobile et l’aéronautique, les télécommunications, les énergies renouvelables, l’agroalimentaire, et le transport ferroviaire et maritime, gagnent en importance dans les échanges euro-africains.

En établissant un traité d’amitié avec une forte assise économique, Rabat et Paris créent une base pour une alliance plus large, où le Maroc aspirera à devenir une plateforme industrielle, énergétique et logistique pour la France et l’Europe. Cette démarche souligne aussi la conviction de Paris que le développement économique du Maroc constituera un investissement rentable pour la sécurité régionale.

Le Sahara comme vitrine

Au Sahara occidental, on peut observer comment Rabat a transformé une opportunité politique en succès économique. En intégrant explicitement ces provinces du Sud dans la lettre de 2024 et dans le futur traité comme un pilier géopolitique, la France a permis au Maroc de changer le cours du dossier : cela a entraîné une réduction des contentieux diplomatiques, mais aussi un accroissement des infrastructures portuaires, des zones industrielles et des projets énergétiques.

Les provinces sahariennes deviennent alors une vitrine de la stratégie marocaine : développement des ports atlantiques, création de parcs solaires et éoliens, renforcement des filières halieutiques et phosphatières, et intégration progressive dans les échanges commerciaux régionaux et euro-africains. Paris, de son côté, souhaite s’associer à ce mouvement en tant que partenaire économique, avec des investissements et des projets « au bénéfice des populations locales », selon les termes de la déclaration présidentielle, tout en adoptant une approche pragmatique où le développement est perçu comme prioritaire pour la stabilisation.

En définitive, l’étape amorcée par la reconnaissance française de la marocanité du Sahara, prolongée par le futur traité, illustre la capacité de Rabat à capter une approche politique en l’intégrant à long terme dans le domaine économique. Le Maroc ne se limite pas à signer un texte ; il fait de cet accord la base de son projet : renforcer son statut de puissance régionale, proposer à ses partenaires européens des infrastructures de stabilité et de croissance, et lier sa souveraineté sur ses provinces sahariennes à des initiatives économiques concrètes. Ce faisant, il transforme un succès diplomatique en un cheminement économique partagé, légitimant ainsi sa maîtrise du territoire.

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