Oubliez les tracteurs et les herbicides. Au domaine de l’Enclos des Braves, 80 poules en poulailler mobile arpentent désormais les parcelles de Gaillac pour chasser les insectes et enrichir la terre. Entre revenus complémentaires, sols revigorés et respect des rythmes naturels, la jeune viticultrice Marion Lebrun prouve que l’avenir du vin passe parfois par le retour de l’animal, rapporte TopTribune.
À l’Enclos des Braves, domaine viticole du Gaillacois, les poules ne se contentent pas de pondre. Elles grattent, picorent, fertilisent, désherbent… et participent pleinement à la vie du vignoble. Cette scène illustre parfaitement la philosophie de cette exploitation familiale de Rabastens engagée en biodynamie depuis une quinzaine d’années.
Sur les huit hectares cultivés par Nicolas Lebrun, ancien œnologue devenu vigneron en 2005, chaque geste cherche à respecter les rythmes naturels. Les vendanges sont réalisées à la main, les sols sont préservés et la vigne est accompagnée plutôt que dirigée.
Une approche que sa fille Marion, arrivée sur le domaine en 2023 après plusieurs expériences en France et au Chili, entend prolonger. « C’est avant tout une façon d’être, de laisser davantage de place au vivant », explique la jeune viticultrice, formée à l’agroforesterie.
Un poulailler mobile
Depuis le printemps, 80 poules pondeuses sillonnent une parcelle de 8 000 m² grâce à un poulailler mobile déplacé tous les quinze jours. Cette expérimentation est réfléchie. « En grattant le sol, les volailles l’aèrent naturellement, limitent les herbes indésirables et se régalent d’insectes susceptibles d’endommager les bourgeons », assure Marion.
Leurs fientes enrichissent progressivement la terre sans concentrer l’azote au même endroit. Les animaux, eux, profitent en permanence d’herbe fraîche et d’un vaste espace, bien loin des élevages intensifs.
Le résultat de cette pratique dépasse la seule production viticole. Les œufs sont réputés pour leurs qualités nutritionnelles et gustatives. Commercialisés principalement par une AMAP, les 260 œufs pondus chaque semaine constituent un revenu complémentaire pour le domaine.
« J’avais envie d’introduire des animaux dans les vignes. Mon mémoire de fin d’étude portait justement sur leur place dans les fermes », raconte Marion Lebrun. D’autres régions accueillent déjà des brebis ou des bovins dans leurs vignes, mais à Rabastens, le choix s’est porté sur les poules, « plus simples à gérer ».
Une vision plus large de l’agriculture
Comme toute expérimentation, les débuts ont nécessité quelques ajustements : clôture électrique, adaptation des déplacements… et même quelques grappes sacrifiées à la gourmandise des nouvelles ouvrières.
« Elles ont bien picoré un peu de raisin, mais rien de catastrophique », dit-elle avec le sourire. Au-delà des résultats agronomiques, cette initiative traduit une vision plus large de l’agriculture, où chaque élément trouve sa place dans un équilibre global.
Ici, les poules ne remplacent pas les hommes : elles deviennent leurs partenaires. « Et puis, je dois bien l’avouer, ça me fait du bien de les voir se promener dans les vignes », confie Marion.