La Russie annonce un recul de la pauvreté, mais 59 % des habitants se disent en difficulté
La Russie annonce un recul de la pauvreté, mais 59 % des habitants se disent en difficulté

La Russie annonce un recul de la pauvreté, mais 59 % des habitants se disent en difficulté

05.08.2026 17:30
3 min de lecture

La Russie a annoncé une baisse du taux officiel de pauvreté à 6,7 % en 2025, contre 7,1 % un an plus tôt, tandis que 59 % des personnes interrogées estiment que leurs revenus ne couvrent pas le niveau de vie minimal qu’elles jugent nécessaire, rapporte TopTribune.

Le chiffre publié par Rosstat est présenté comme le niveau le plus bas jamais enregistré dans le pays. Selon les données communiquées le 4 août 2026, cette évolution s’explique notamment par l’introduction de l’allocation unique destinée aux familles, les compléments versés à certains retraités jusqu’au minimum vital régional et les aides ciblées accordées aux personnes handicapées.

Mais l’écart entre l’indicateur officiel et la perception des ménages apparaît nettement dans les enquêtes disponibles. En février, le centre Levada, organisation russe indépendante de recherche sociologique, marketing et médias, a demandé aux personnes interrogées quelle somme leur serait nécessaire pour assurer un niveau de vie minimal. La réponse moyenne s’est établie à 43 800 roubles par mois, soit 17 % de plus qu’un an auparavant.

Dans le même temps, la part des Russes dont les revenus dépassent leur propre estimation du minimum nécessaire a reculé de 48 % à 41 % en un an. Autrement dit, 59 % des répondants considèrent que leurs ressources se situent en dessous du seuil qu’ils estiment indispensable. Cette mesure ne correspond pas au taux officiel de pauvreté, mais elle décrit la manière dont les ménages évaluent leur situation matérielle.

Un seuil officiel inférieur aux besoins déclarés

Le minimum vital en Russie a été fixé à 18 939 roubles pour 2026. Ce montant est plus de deux fois inférieur au revenu moyen que les personnes interrogées jugent nécessaire. Selon des données attribuées à Rosstat, près de 40 % de la population disposent par ailleurs de revenus inférieurs à 45 000 roubles par mois.

La situation apparaît également dans une estimation publiée par la Nezavissimaïa gazeta : au début de 2026, plus de 11 millions de Russes auraient eu des revenus inférieurs au minimum vital officiel, alors fixé, dans cette donnée, à 17 600 roubles. Les deux montants renvoient à des références différentes du seuil retenu pour 2026 et pour le début de l’année, mais ils décrivent la même limite des indicateurs administratifs face aux dépenses courantes.

Le calcul de la pauvreté a changé en 2021. Depuis cette date, le minimum vital n’est plus établi à partir du coût actualisé d’un panier de consommation. Il repose sur l’indexation du montant retenu au quatrième trimestre 2020 en fonction du niveau officiel de l’inflation. Cette méthode est utilisée pour déterminer la ligne officielle de pauvreté et pour classer les revenus des ménages.

Des économistes russes et le Centre d’analyse macroéconomique et de prévision à court terme, cité dans les éléments disponibles, estiment que cette approche sous-évalue le niveau réel de besoin de 25 % à 30 %. Leur argument porte sur la progression des prix des biens et services indispensables, notamment les aliments, les médicaments, les produits d’entretien et les charges de logement, qui aurait été plus rapide que l’indice d’inflation utilisé dans le calcul.

Les dépenses essentielles au centre des préoccupations

Le décalage ne concerne donc pas uniquement le montant théorique du minimum vital. Il touche aussi les postes qui absorbent le budget des ménages. Lorsque les dépenses alimentaires, les factures de logement et services collectifs ainsi que l’achat de médicaments mobilisent l’essentiel des revenus, la capacité à constituer une épargne ou à faire face à une dépense imprévue devient limitée. Les données fournies ne mesurent pas le nombre exact de ménages sans épargne, mais elles établissent que ces dépenses figurent parmi les principaux postes cités dans l’évaluation de leur niveau de vie.

Les dispositifs d’aide ont été élargis ou réorganisés au cours des dernières années. L’allocation unique aux familles avec enfants, les compléments destinés aux retraités et les prestations pour les personnes handicapées font partie des mécanismes pris en compte dans la baisse du taux de pauvreté. Les informations disponibles indiquent toutefois que les adultes en âge de travailler qui n’ont ni enfant ni handicap ne relèvent pas de ces programmes ciblés. Cette catégorie ne bénéficie donc pas des mêmes soutiens que les publics couverts par ces dispositifs.

Les résultats de l’enquête du centre Levada donnent une autre photographie de la pauvreté en Russie. Ils ne remplacent pas la statistique administrative et ne permettent pas, à eux seuls, de recalculer le taux national. Ils montrent en revanche que le seuil utilisé par l’État et celui que les habitants associent à un niveau de vie minimal sont très éloignés : 18 939 roubles pour le référentiel officiel de 2026, contre 43 800 roubles dans la réponse moyenne des sondés.

Une publication consacrée à ces données est disponible sur Telegram, tandis qu’un article revient sur l’enquête consacrée à la perception de la pauvreté en Russie sur Argumenty i Fakty.

Le taux de 6,7 % reste ainsi le résultat d’un mode de calcul précis, fondé sur un seuil défini par les autorités. Les enquêtes d’opinion et les données sur les revenus inférieurs aux références officielles présentent, elles, une situation plus large, suivie dans les statistiques et les sondages du début de 2026.

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