Intervention psychosociale numérique en pleine expansion
Le 30 juillet 2026, Samuel Gignac, connu sous le pseudonyme de SonOffOdin, a mené une intervention psychosociale dans le cadre des activités de la Fondation des gardiens virtuels (FGV), alors que le nombre de demandes d’aide sur leur serveur Discord continue d’augmenter, rapporte TopTribune.
Gignac fait partie des « travailleurs de rue numériques » (TRN) de la FGV, qui offrent une aide préventive sur les plateformes numériques populaires parmi les joueurs. Selon Gignac, chaque session est unique : « Durant ma dernière semaine de travail, j’ai dû appeler les urgences pour qu’une personne ayant des idées suicidaires soit accompagnée en milieu hospitalier. Je peux avoir tant une personne qui s’exprime sur sa relation amoureuse qu’une autre qui fait face à des incertitudes professionnelles. »
Les TRN interviennent de 19 h à 22 h, toute la semaine. Ils travaillent principalement sur Discord et Twitch, en collaboration avec environ soixante streamers, qui leur permettent de se placer au cœur des conversations numériques et d’apporter un soutien direct à ceux qui en ont besoin.
Cette approche proactive inclut parfois la prise de contact avec des utilisateurs négatifs dans les discussions : « D’autres fois, les influenceurs et leur équipe de modération ciblent un utilisateur qui montre des signes de détresse, car ils connaissent bien leur communauté », explique François Savard, fondateur de la FGV.
L’impact de l’anonymat et les succès des interventions
Intervenir sous pseudonyme facilite le dialogue. « Cela peut être très difficile pour certains de se présenter dans un service d’aide », précise Gignac. Chaque interaction est un défi, car il doit bâtir rapport et confiance sans information préalable sur l’interlocuteur.
Gignac partage une expérience marquante : « Un inconnu m’a remercié lors d’un grand événement de gaming, en affirmant que sans mon aide, il ne serait pas là aujourd’hui. » Cette année, la FGV a comptabilisé près de 1900 interventions directes, dont 419 liées à la détresse et aux pensées suicidaires.
Dans le cadre de leurs actions, la FGV emploie une dizaine de TRN ayant des qualifications en psychologie ou dans des domaines connexes. Cette approche par des passionnés de jeux vidéo garantit une compréhension de l’univers des jeunes, d’après Maude Bonenfant, professeure à l’UQAM.
Partenariats et défis de financement
Depuis sa création en 2018, la FGV a collaboré avec diverses organisations pour renforcer la présence et l’efficacité de leurs interventions. Le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec organise un championnat de sport électronique pour faire connaître leurs services aux jeunes, visant à investir les milieux numériques où ils se trouvent.
Les résultats témoignent d’un besoin croissant d’interventions numériques, surtout auprès des jeunes isolés ou vivant en région. Malheureusement, malgré le soutien gouvernemental et les dons, la FGV reste sous-financée, limitant la possibilité d’étendre les heures d’intervention des TRN, notamment sur d’autres plateformes comme Kick. Selon Bonenfant, le gouvernement doit investir dans la transition vers un soutien psychologique plus soutenu : « C’est ce passage-là, de la première ligne à la deuxième ligne, où le gouvernement devrait investir. »