La crise migratoire à Ceuta suscite de vives réactions en Europe. Face à l’afflux de dizaines de milliers de migrants vers l’enclave espagnole, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a exprimé sa volonté d’adopter des mesures « exceptionnelles », y compris la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne. Cette proposition est soutenue par la Finlande et la Première ministre danoise, mais sa faisabilité soulève des questions, rapporte TopTribune.
C’est quoi l’espace Schengen ?
L’espace Schengen représente un acquis majeur de l’Union européenne, permettant la libre circulation des personnes sans contrôles aux frontières. Établi progressivement depuis 1985, il a vu la première abolition effective des contrôles en 1995 entre plusieurs pays, dont la Belgique, l’Allemagne et la France. Il comprend actuellement 29 pays, incluant presque tous les membres de l’UE.
Peut-on vraiment exclure un membre ?
Le gouvernement italien a revendiqué jeudi la suspension de l’Espagne de Schengen, dénonçant les « images choquantes » d’immigrants arrivant à Ceuta depuis le Maroc. L’Espagne a réagi en qualifiant cette proposition de démagogique, convoquant l’ambassadeur italien pour exprimer son mécontentement. Selon Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit à l’université de Lyon 3, « le système Schengen ne prévoit pas une telle disposition : un État ne peut pas unilatéralement exclure un autre ».
Quelles mesures peuvent être prises ?
Bien qu’une exclusion de Schengen ne soit pas envisageable, un État peut rétablir des contrôles aux frontières de manière exceptionnelle et temporaire. Ces mesures sont prévues dans le code Schengen et peuvent être mises en œuvre en réponse à des menaces graves pour la sécurité intérieure. Par exemple, le président Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière espagnole, bien qu’il n’existe pas de frontières internes directes entre l’Italie et l’Espagne.
Comment a réagi Bruxelles ?
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé inacceptables les images en provenance de Ceuta, mais la proposition italienne a été rapidement écartée par Bruxelles. Un responsable européen a déclaré comprendre les préoccupations de certains gouvernements, mais a insisté sur la nécessité de « sécuriser les frontières extérieures » de l’UE. Il souligne également que cette crise concerne spécifiquement l’enclave de Ceuta et que des contrôles additionnels sont nécessaires pour ceux qui souhaitent accéder au continent européen.