Le Premier ministre Sébastien Lecornu a exprimé, le 23 juillet 2026, son pessimisme quant à l’état de la dette et du déficit public en France. Le lendemain, à 9 h 47, les marchés lui ont donné raison : le rendement de l’obligation assimilable au Trésor à dix ans (OAT) a dépassé pour la première fois depuis juin 2009 le seuil symbolique de 4,014 %, un signal préoccupant sur la confiance des investisseurs, rapporte TopTribune.
Le Premier ministre a qualifié la situation de « préoccupante, voire grave », soulignant qu’elle restreint notre marge de manœuvre et nous expose à une plus grande vulnérabilité.
Ce niveau de rendement rappelle les conditions économiques d’avant la crise des subprimes à la fin des années 2000. En un an, le taux a augmenté de 0,70 points, tandis que la France, le 24 juillet 2026, se voit contrainte d’emprunter à des taux plus élevés dans un contexte où sa dette publique dépasse 3 500 milliards d’euros, soit 117 % de son PIB selon l’Insee. De plus, le déficit demeure au-dessus des 3 % requis par les règles européennes, se chiffrant à 5,1 % en 2025.
La charge de la dette, premier poste budgétaire de l’État
Les paiements d’intérêts aux créanciers sont désormais la principale dépense de l’État français, dépassant même le budget alloué à l’Éducation nationale. Les intérêts versés devraient atteindre 64 milliards d’euros en 2026, et le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a mentionné en juin une trajectoire potentielle pouvant frôler les 100 milliards d’euros.
Un nombre croissant de ces créanciers proviennent de l’étranger. Selon l’Agence France-Trésor, qui gère l’émission des obligations françaises, 56 % des détenteurs de la dette française étaient des non-résidents fiscaux à la fin de 2025, une augmentation par rapport aux 50,1 % enregistrés en décembre 2022. Parmi les créanciers locaux, les banques représentaient 10,5 % au mois de mars 2026, les compagnies d’assurance 9,6 %, et les OPCVM 1,8 %, tandis que d’autres créanciers constituaient 22,2 %.
Trois raisons principales sous-tendent l’augmentation des taux, selon l’analyste John Plassard de Cité Gestion : « les pressions inflationnistes provoquées par les coûts de l’énergie, les attentes concernant la politique monétaire de l’Europe, et une prime de risque politique et budgétaire spécifique à la France ».
L’instabilité politique nationale, suite à la dissolution de 2024, est elle aussi considérée comme un frein à la consolidation des finances publiques. Par ailleurs, les tensions au Moyen-Orient en juillet 2026 ont contribué à une instabilité sur les marchés.
La situation de la France n’est pas isolée, le rendement du Bund allemand ayant atteint 3,20 % le même matin, un pic depuis 2011. La BCE a maintenu son taux directeur inchangé le 23 juillet, tout en laissant entendre qu’une hausse pourrait être envisagée par certains membres afin de maîtriser l’inflation, avec une décision potentielle à l’horizon de septembre.
Cependant, Plassard relativise les effets immédiats du passage au-delà des 4 % : « Heureusement, la France ne refinance pas la totalité de sa dette chaque année », ce qui signifie qu’un tel niveau « n’aura pas d’effet instantané sur l’ensemble de la charge d’intérêts ». En fait, seuls les nouveaux emprunts seront affectés par les conditions actuelles du marché.