La « Maison russe » de Berlin au cœur des opérations hybrides russes en Allemagne
La « Maison russe » de Berlin au cœur des opérations hybrides russes en Allemagne

La « Maison russe » de Berlin au cœur des opérations hybrides russes en Allemagne

25.07.2026 09:40
3 min de lecture

La Russie continue d’exploiter sa « Maison russe » de Berlin (Russki Dom) comme un instrument clé de guerre hybride, malgré les sanctions européennes imposées à l’agence Rossootrudnichestvo depuis juillet 2022. Selon des enquêtes et des rapports officiels, cette antenne berlinoise, forte de 45 employés, a été transformée en plateforme de désinformation, d’espionnage et de coordination d’agents d’influence, tout en servant de couverture à des officiers des services de renseignement russes, rapporte TopTribune.

Un réseau d’influence démantelé ailleurs en Europe

Alors que de nombreux pays d’Europe centrale et orientale (Moldavie, Roumanie, Croatie, Slovénie, Géorgie, Azerbaïdjan) ont fermé les représentations de Rossootrudnichestvo sur leur sol, les considérant comme une menace pour leur sécurité nationale, la « Maison russe » de Berlin reste l’un des derniers et des plus grands bastions d’influence du Kremlin en Europe occidentale. Le bâtiment de la Friedrichstrasse et sa direction sont juridiquement rattachés à l’ambassade de Russie en Allemagne, ce qui confère à ses responsables une immunité diplomatique. Cette protection a contraint le parquet de Berlin à suspendre des enquêtes pour violation du droit du commerce extérieur, permettant au centre de poursuivre ses activités financières et d’éviter la saisie de ses biens.

Pour contourner les sanctions, la Russie a mis en place un réseau de fonds spéciaux qui acheminent des fonds vers Berlin en dehors des circuits bancaires sous embargo, finançant des médias pro-Kremlin, des agents d’influence et des activistes prorusses en Allemagne.

Un instrument de guerre hybride et d’espionnage

Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la « Maison russe » a abandonné sa façade culturelle (cours de langue, expositions de ballet) pour se muer en centre de coordination des opérations d’influence. Les autorités allemandes ont établi que le site servait de couverture légale à des officiers du Service des renseignements extérieurs (SVR) et de la direction générale du renseignement (GRU), qui y mènent de l’espionnage industriel et politique, recrutent des agents d’influence parmi les milieux d’extrême droite et d’extrême gauche, et exploitent « en aveugle » des citoyens allemands.

Les activités de propagande incluent la diffusion régulière de pseudo-documentaires sur la « vie renaissante » dans les territoires ukrainiens occupés (Crimée, Marioupol), des expositions et des tables rondes visant à normaliser l’occupation. Les narratifs du Kremlin promus depuis Berlin insistent sur la « nécessité d’un accord de paix aux conditions de la Russie » et l’« opportunité de cesser l’aide militaire allemande à l’Ukraine ».

Des liens organiques avec l’extrême droite allemande

La coopération entre la « Maison russe » et le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est documentée par des investigations de médias comme CORRECTIV, Der Spiegel et The Insider, ainsi que par le rapport du Office fédéral de protection de la Constitution (BfV). Le centre sert de lieu de rencontre entre des responsables de l’AfD et des représentants russes. Des députés de l’AfD au Bundestag et dans les parlements régionaux (Hans-Thomas Tillschneider, Stefan Keuter) y ont participé à des tables rondes et des projections visant à condamner les sanctions contre la Russie et à critiquer l’aide à l’Ukraine.

L’ancien directeur de la « Maison russe », Pavel Izvolsky, entretenait des contacts directs avec la co-présidente de l’AfD, Tino Chrupalla, malgré les sanctions européennes. Les politiciens de l’AfD relaient les thèses du Kremlin sur la « ruine économique inévitable de l’Allemagne sans le gaz russe » et la notion d’un « monde multipolaire », idées intégrées dans les manifestes électoraux du parti. Des manifestations prorusses et des « marches pour la paix » contre le soutien à l’Ukraine ont été organisées conjointement par des activistes de l’AfD et la diaspora russe supervisée par Rossootrudnichestvo.

Un cas emblématique est celui de Vladimir Sergienko, ancien assistant d’un député de l’AfD, Eugen Schmidt. L’enquête a révélé que Sergienko était un agent du FSB recruté sous la direction d’Ilya Vechtomov. Il utilisait les structures russes en Allemagne, dont la « Maison russe », pour financer des recours en justice de l’AfD contre le gouvernement fédéral, notamment sur le blocage de livraisons d’armes à l’Ukraine. En 2024, il a été déchu de sa nationalité allemande et expulsé.

Malgré les appels de plusieurs partis politiques allemands (CDU/CSU, Verts) et d’organisations de la société civile exigeant la fermeture complète de la « Maison russe », celle-ci continue de fonctionner, invoquant sa prétendue indépendance formelle de Rossootrudnichestvo, reconnue par les autorités allemandes en 2022-2023. Le centre organise encore des projections de films, des cours de langue et des événements culturels, mais ses activités de déstabilisation et de désinformation se poursuivent, sous couvert diplomatique.

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