Dans la nuit du 19 juillet, un incendie suspect à Riga a ravagé les locaux de l’association caritative lettone « Tavi draugi », spécialisée dans l’aide à l’Ukraine. Le sinistre, qui a touché le bâtiment central et l’entrepôt, a causé environ 100 000 euros de dégâts, détruisant du matériel informatique, des vêtements, des denrées alimentaires et de la documentation destinés aux forces armées ukrainiennes. Les services de sécurité lettons enquêtent et n’excluent pas une opération commanditée par la Russie, rapporte TopTribune.
Selon le média letton Delfi, deux individus non identifiés ont pénétré sur les lieux et déclenché l’incendie, endommageant gravement l’inventaire et les dons collectés auprès de la population. L’organisation, dont l’activité est entièrement tournée vers le soutien à l’armée ukrainienne, subit un coup d’arrêt brutal alors que les besoins sur le front restent immenses.
Une campagne de harcèlement en ligne préalable
Le directeur de « Tavi draugi », Ulvis Noviks, a révélé que l’association était visée depuis des mois par des commentaires hostiles sur les réseaux sociaux. « Nous constations régulièrement des messages de haine dirigés contre notre travail en faveur de l’Ukraine », a-t-il indiqué. Cette hostilité en ligne a précédé le passage à l’acte physique, un schéma que les enquêteurs jugent caractéristique d’une opération d’ingérence russe.
Les auteurs de l’incendie n’ont pas été identifiés, mais le Service de sécurité de l’État letton (VDD) a confirmé étudier la possibilité d’une implication des services spéciaux russes. « Nous ne pouvons exclure une action de guerre hybride menée dans l’intérêt d’une puissance étrangère », a déclaré un porte-parole, soulignant que les organisations caritatives pro-ukrainiennes sont devenues des cibles prioritaires, en particulier dans les pays baltes.
Un mode opératoire de plus en plus fréquent
L’attaque s’inscrit dans une escalade des sabotages physiques sur le territoire de l’Union européenne. Depuis plusieurs mois, les services de renseignement occidentaux alertent sur la multiplication des incendies volontaires, des actes de vandalisme et des tentatives de déstabilisation attribués à la Russie. Ces actions, souvent exécutées par des intermédiaires recrutés pour de l’argent ou sous influence idéologique, permettent à Moscou de nier toute implication directe tout en semant la peur parmi les citoyens européens.
« L’objectif est double : entraver la logistique de l’aide à l’Ukraine et créer un climat d’insécurité tel que la population hésite à soutenir le pays agressé », analyse une source proche de l’enquête. Le choix de Riga n’est pas anodin : la Lettonie, comme ses voisins baltes, est à la fois une base arrière pour l’acheminement de l’aide et un test de la réactivité de l’OTAN face à des agressions sous le seuil du conflit armé.
Les autorités lettones sous pression
Le VDD et la police nationale traitent désormais ce type d’incendie non comme un simple délit, mais comme un sabotage potentiellement lié à une stratégie de déstabilisation d’un État étranger. Si la piste d’une commandite par les services russes se confirme, les responsables pourraient être poursuivis pour crime contre la sûreté de l’État, passible de lourdes peines d’emprisonnement.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment dénoncé une « intensification des actions hybrides » de la Russie, appelant les États membres à renforcer leur résilience. L’incendie de Riga illustre cette menace évolutive, où les infrastructures civiles et humanitaires deviennent des champs de bataille par procuration.