Agathe Berdah, réfugiée espagnole arrivée clandestinement en France en 1946, retrace son parcours vécu à travers la guerre civile, l’exil et la haute couture parisienne, à l’occasion du 90e anniversaire du coup d’État militaire de Franco, rapporte TopTribune.
Âgée de 96 ans, Agathe raconte son histoire avec une précision remarquable, évoquant un destin commun à des centaines de milliers d’Espagnols forcés à l’exil au XXe siècle. Née Agueda Martinez à Madrid le 19 janvier 1930, elle n’a que 6 ans lors du déclenchement de la guerre civile, suite au coup d’État du 17 juillet 1936. Son père, républicain, quitte le foyer familial, et elle se réfugie avec sa mère et son frère dans un village de la Manche espagnole. « On espérait que ça ne durerait pas longtemps », se souvient-elle.
Cette période de trois ans est la seule où Agueda bénéficie d’une véritable éducation, malgré un cadre rural difficile. À la fin de la guerre en 1939, la famille se retrouve dans un Madrid dévasté. « On s’est retrouvés sans rien du tout, on avait 150 grammes de pain », se rappelle Agathe. Les difficultés matérielles et la répression de Franco pèsent lourdement sur les épaules de la famille. « Nous ne pouvions même pas dire qu’il était en France. On avait peur qu’ils prennent maman en otage », explique-t-elle.
Arrivée clandestine en France
En 1946, la famille franchit secrètement la frontière vers la France, près de Perpignan. Ils se rendent rapidement au commissariat et obtiennent des papiers, évitant ainsi le camp de Rivesaltes, avant de rejoindre leur père à Toulouse. À 16 ans, Agueda ne parle pas français mais décroche rapidement un emploi dans un atelier de couture.
Peu après, la famille s’installe sur la côte atlantique, à Bayonne et Biarritz. Agathe, nom maintenant inscrit sur sa carte d’identité française, commence par effectuer des petits travaux tout en se faisant un nom dans le milieu de la couture.
Paris, la haute couture et l’amour
Cependant, c’est Paris qui l’attire. Dans la capitale, au début des années 1950, elle entre dans des maisons de haute couture et rencontre Simon Berdah, un tailleur d’origine tunisienne, qu’elle épouse. Ensemble, ils ouvrent deux boutiques de confection sur mesure. « Simon était très doué : il s’occupait des hommes et moi des femmes », raconte Agathe. À cette époque, chaque vêtement était encore réalisé pour un individu spécifique.
Avec l’émergence du prêt-à-porter, la couturière regrette la perte de la tradition de la confection sur mesure. À la mort de son mari en 1981, elle ferme définitivement la boutique et devient employée municipale à Colombes jusqu’à sa retraite dans les années 1990.
Un lien éternel avec l’Espagne
Agathe s’installe ensuite dans le Sud-Ouest pour se rapprocher de ses enfants, d’abord à Toulouse, puis à Auch à 90 ans. Bien qu’elle apprécie la France, où elle a reconstruit sa vie, son lien avec l’Espagne demeure fort. Depuis 1970, malgré le régime de Franco, elle retourne à Madrid avec sa fille pour retrouver sa famille. Plus récemment, elle a demandé à récupérer la nationalité espagnole, qu’elle avait renoncée en devenant française. « Ça fait partie de mon histoire », déclare-t-elle.