Canicule : des températures record de 54 degrés menacent les légumes des maraîchers bretons

Canicule : des températures record de 54 degrés menacent les légumes des maraîchers bretons

26.06.2026 06:26
3 min de lecture

Le thermomètre s’affiche à plus de 40 degrés lorsque Eric Bocel nous accueille dans sa serre, où la température égale celle de l’extérieur. Les plants de tomates, d’aubergines et de concombres souffrent également de cette chaleur extrême. « C’était pire hier, j’ai relevé 54 degrés dans les serres en verre qui, pourtant, sont les plus aérées. Je n’ai jamais vu ça », rapporte TopTribune.

Pour la deuxième fois dans la même journée, le maraîcher, basé à Pacé, à l’ouest de Rennes, a recours à la technique du « bassinage » pour tenter de faire baisser la température. « On arrose en aérien pendant cinq ou six minutes. Cela fait immédiatement redescendre la température de six ou sept degrés », explique-t-il. Cependant, l’effet est temporaire, ne durant que quelques heures.

« C’est certain qu’il y aura une baisse de la production »

En examinant de plus près les plants de tomates cerises, il remarque que certains fruits sont brûlés. « Quand ils ne sont pas protégés par le feuillage, ils crament au soleil. Dans ces cas-là, c’est perdu. » Il montre une grappe de fleurs grillées par la chaleur, qui ne donnera pas de fruits.

Il prévient : « C’est certain qu’il y aura une baisse de la production. » Dans de telles conditions, la plante survit plus qu’elle ne produit. « Pour les légumes d’été comme la tomate, le concombre, l’aubergine, la courgette ou les haricots verts, l’idéal, c’est d’avoir entre 25 et 28 degrés. Là, c’est beaucoup trop chaud. La plante se met en sommeil, elle n’arrive plus à transpirer et donc, elle se bloque », ajoute-t-il.

Des craintes face au manque de pluie

Pour contrer cette crise de la chaleur et éviter de perdre sa récolte, Eric Bocel est contraint d’arroser toutes ses cultures le soir, lorsque la température est enfin plus fraîche. Il espère toujours que la pluie reviendra rapidement pour humidifier les sols et remplir ses réserves d’eau. « Sinon, pour les légumes d’hiver, cela deviendra très compliqué. Il y a des plantations que nous avons dû reporter. Nous ne pouvons pas planter les choux, les poireaux ou les carottes sous un soleil brûlant. Alors, nous patientons », affirme-t-il.

Connu pour la qualité de ses légumes, particulièrement appréciés par les restaurateurs de la région de Rennes, le maraîcher ne se plaint pas. Sa femme, Dominique, bien qu’obligée de travailler dehors par cette chaleur tropicale, partage son avis. « Nous devons nous ménager un peu, mais nous ne pouvons pas prendre trop de retard dans nos plantations. Ce qu’il faudrait, c’est se baser sur l’heure solaire. Si nous sortons à 14 heures, il est midi au soleil. C’est une aberration ; c’est là où ça tape le plus. On voit bien que ceux qui décident sont des bureaucrates dans des bureaux climatisés », confie-t-elle en préparant des bottes de carottes à vendre au marché le lendemain.

La dalle se soulève de 20 centimètres

Aux heures les plus chaudes, les équipes se réfugient autant que possible sous un hangar de stockage où la température atteint près de 30 degrés. Seule une chambre froide permet de conserver les salades fraîches, les pommes de terre nouvelles et les betteraves cuites. Au pied du bâtiment, la dalle de béton sur laquelle les engins doivent rouler s’est soulevée de 20 centimètres à cause de la chaleur. « C’est du jamais vu. Et nous sommes en Bretagne ! », s’interroge Eric.

Eric Bocel a repris l’exploitation de ses parents en 1990. Son père, qui l’assiste encore pour la préparation des légumes, a pu observer l’évolution du climat. « Il constate que le temps change. De plus en plus, nous faisons face à des périodes d’excès : trop d’eau, trop chaud, trop froid. Chaque année, nous vivons des passages compliqués », souligne-t-il. Cela amène le couple à se poser des questions. « Si notre fils reprend l’exploitation, il faudra qu’il envisage les choses autrement », conclut Dominique. Si la situation n’était pas aussi préoccupante, on pourrait en rire et lui conseiller de planter des avocats, des bananes ou des ananas.

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