Coût de la vie : Bercy évalue l'impact de la concurrence dans les territoires d'Outre-mer.

Coût de la vie : Bercy évalue l’impact de la concurrence dans les territoires d’Outre-mer.

09.06.2026 16:06
3 min de lecture

Le séminaire « Nasse », qui se tiendra le 15 juin au ministère de l’Économie, a pour objectif d’examiner l’impact réel de la concurrence sur les prix dans les territoires d’Outre-mer. Des économistes et des juristes y confronteront leurs analyses. Leur mission consiste à évaluer l’influence que peut exercer la concurrence dans des économies confrontées à des contraintes structurelles, telles que des marchés restreints, des coûts logistiques élevés, un éloignement géographique et une forte dépendance aux importations. Les résultats de leurs travaux alimenteront les discussions autour du projet de loi visant à lutter contre la vie coûteuse, prévu cet été à l’Assemblée nationale, rapporte TopTribune.

Des interrogations subsistent quant à la manière dont les règles de la concurrence s’appliquent dans des zones caractérisées par des marchés limités et un isolement géographique. Cette question récurrente est au cœur des débats sur le coût de la vie dans les territoires ultramarins. Le 15 juin 2026, Bercy rassemblera des économistes et juristes pour aborder ce sujet crucial.

Quel est le rôle de la concurrence dans la formation des prix ultramarins ?

Les séminaires « Philippe Nasse », initiés par la Direction générale du Trésor et l’Autorité de la concurrence, se consacrent aux défis contemporains liés à la concurrence au sein du ministère de l’Économie et des Finances. Lors de cette session, trois experts interviendront : Jean-François Hoarau, économiste et président de l’Université de La Réunion ; Gwenaëlle Nouët, rapporteure générale adjointe de l’Autorité de la concurrence en charge des questions ultramarines ; et l’avocat Jérôme Philippe, spécialiste du droit de la concurrence.

Ils viseront à déterminer « jusqu’où la politique de concurrence peut influer sur la formation des prix » dans des contextes économiques aux spécificités structurelles uniques. Leurs discussions s’appuieront sur les recherches menées par l’Autorité de la concurrence, notamment un récent avis concernant les marges dans les grandes surfaces et chez les grossistes-importateurs de Martinique.

Des surcoûts largement dus à la structure des marchés

D’après l’Insee, en 2022, les prix de consommation dans les départements d’Outre-mer étaient supérieurs à ceux de la métropole, avec des écarts allant de 8,9 % à La Réunion à 15,8 % en Guadeloupe. Les différences étaient encore plus marquées dans le secteur alimentaire, variant de 30,2 % à Mayotte à 41,8 % en Guadeloupe. Un constat préoccupant, car selon l’Autorité de la concurrence, ces disparités continuent de s’accroître.

La stabilité relative de ces écarts suggère l’existence de facteurs structurels communs. Bercy identifie trois contraintes majeures : les marchés restreints, l’éloignement géographique et la forte dépendance aux importations, qui « entravent le bon fonctionnement de la concurrence ».

Cette évaluation rejoint celle émise par l’Autorité de la concurrence, laquelle, dans son analyse portant sur la Martinique, attribue les prix élevés aux « particularités de l’économie martiniquaise ». En plus des facteurs soulignés par Bercy, l’institution met en avant d’autres éléments, telles que la pression fiscale locale – TVA et octroi de mer – ainsi que les coûts associés aux frais d’approche.

Lors d’une audience au Sénat, le directeur général de GBH, Stéphane Hayot, a estimé qu’un produit importé devait supporter un surcoût de 40 %, réparti comme suit : 17 % pour la logistique amont, 13 % pour l’octroi de mer et 10 % pour la logistique locale.

Quelles solutions pour réduire les prix de manière durable ?

Dans sa réflexion, l’Autorité a rejeté l’idée selon laquelle la vie chère résulterait de marges exorbitantes des acteurs marketings. Elle précise ainsi que « les marges appliquées par les grossistes-importateurs et les acteurs de la grande distribution en Martinique sont comparables à celles observées en métropole ». L’Autorité ne note donc pas de surmarges spécifiques aux acteurs ultramarins.

Étant donné que les surcoûts sont essentiellement liés à des aspects structurels, il est nécessaire de réorienter les leviers d’action : favoriser l’intégration régionale des économies ultramarines, réévaluer la fiscalité locale, diminuer les coûts d’acheminement, notamment grâce à des dispositifs de continuité territoriale, ou encore encourager la production locale.

Pourtant, le projet de loi contre la vie chère aborde encore peu ces problématiques. Son examen à l’Assemblée nationale, déjà repoussé plusieurs fois, est désormais attendu pour l’été 2026. Les conclusions du séminaire « Nasse » pourraient influencer les décisions à prendre et ainsi rappeler aux décideurs les véritables enjeux qui sous-tendent la vie chère dans les territoires d’Outre-mer : fiscalité, dépendance aux importations et coûts logistiques.

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