Une étude récente de la DRESS, publiée ce jeudi 4 juin, met en lumière les inégalités sociales face à quatre types de cancer : poumon, sein, prostate et côlon-rectum, rapporte TopTribune.
Fondée sur une base de données combinant des informations sur la population (Insee) et sur les soins médicaux et hospitalisations entre 2013 et 2020, cette étude révèle des disparités significatives selon le niveau socio-économique.
Incidence accrue du cancer du poumon chez les populations les plus défavorisées
Pour le cancer du poumon, les résultats sont sans surprise : plus le niveau de vie est bas, plus le risque est élevé. En classant la population en dix groupes, les hommes du groupe le plus modeste présentent un risque multiplié par 2,2 par rapport à leurs homologues du groupe le plus favorisé. Chez les femmes, le risque est 1,7 fois plus élevé dans le groupe le plus pauvre. Les auteurs attribuent principalement cette réalité à un tabagisme plus répandu parmi les populations modestes et à une diffusion limitée des connaissances sur les risques liés au tabac.
Concernant le cancer colorectal, une tendance similaire émerge, mais avec des nuances : les trois groupes les plus aisés sont moins touchés, bien que les écarts entre les groupes soient moins marqués que pour le cancer du poumon. La progression selon le niveau de vie est également irrégulière, rendant toute affirmation difficile.
De manière générale, les cancers dits « évitables », comme la majorité des cancers du poumon, sont plus fréquents dans les milieux défavorisés : ceux appartenant aux 10 % les plus modestes ont un risque doublé par rapport aux 10 % les plus aisés. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette disparité, notamment le tabagisme, l’obésité et certaines expositions professionnelles.
Surreprésentation des cancers du sein et de la prostate chez les plus aisés
À l’inverse, certains cancers, tels que ceux du sein et de la prostate, sont plus fréquemment diagnostiqués chez les individus les plus riches. Pour le cancer du sein, les femmes du dixième de niveau de vie le plus élevé présentent un risque 1,3 fois plus important que celles du dixième le plus modeste, d’après les auteurs, qui évoquent une utilisation plus généralisée de la contraception orale et des grossesses tardives.
Pour les hommes, le cancer de la prostate est également plus souvent retrouvé chez les plus aisés, avec un risque 1,4 fois plus élevé. Cette différence est attribuée à un recours accru au test de dosage du PSA, qui permet des diagnostics plus précoces, y compris pour des tumeurs qui seraient passées inaperçues sans ce dépistage, l’absence de dépistage généralisé du cancer de la prostate en France compliquant encore la situation.
Pronostic souvent plus sombre chez les plus défavorisés
Pour tous les types de cancer, un gradient social est clairement observable dans le pronostic. Les personnes les plus défavorisées sont davantage exposées aux formes de tumeurs évoluant défavorablement : le risque est accru de 70 % pour les cancers avec un pronostic péjoratif et de 30 % pour les formes intermédiaires. À l’inverse, la probabilité de développer des tumeurs à bon pronostic est réduite d’environ 40 %.
Le diagnostic est également plus tardif dans ces populations, où les cancers sont souvent identifiés à un stade avancé. Pour les cancers invasifs, la probabilité d’évolution vers une maladie agressive est environ multipliée par 2,1 chez les plus modestes par rapport aux plus aisés.
En outre, le risque de développer un cancer métastasé au moment du diagnostic est 2,3 fois plus élevé chez les plus modestes, surtout lorsque la localisation est dépistable. Dans les autres cas, les inégalités d’incidence tendent à disparaître, indiquant que ce sont principalement les cancers dépistables qui permettent aux plus aisés d’obtenir un diagnostic précoce.