À quelques jours du début de la Coupe du monde de football, la France ressent une montée de tension. Le président Emmanuel Macron rencontrera ce mardi Didier Deschamps et ses joueurs à Clairefontaine avant leur départ pour les États-Unis. Il n’est pas le seul homme politique à suivre de près les résultats des Bleus, car leur performance peut avoir des répercussions politiques à moins d’un an de la présidentielle de 2027, rapporte TopTribune.
Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences Po Paris, souligne que le sport, et le football en particulier, sont devenus des éléments cruciaux dans les stratégies de communication politique : « Il y a eu un vrai effet avec le mondial 1998, l’extraordinaire popularité des joueurs, les joies collectives après la victoire… ça a été un énorme marqueur dans l’histoire de la société française. »
De nombreux responsables politiques ont commencé à se montrer dès dimanche soir en célébrant la victoire du Paris-Saint-Germain en finale de la Ligue des champions. Edouard Philippe et Gabriel Attal, candidats à l’Élysée, ont publié des vidéos sur les réseaux sociaux lors des tirs au but, offrant un avant-goût des stratégies de communication à venir lors du mondial.
« Il y a pire que ne pas aimer le foot: faire semblant de l’aimer », raille Sacha Houlié, ancien membre de La République En Marche et supporter de l’OM. « Chirac n’aimait pas le foot mais faisait semblant, et depuis, ils font tous semblants, c’est agaçant cette récupération… », a-t-il ajouté.
Karl Olive, député Renaissance et passionné de football, déclare qu’il ne juge pas ces postures, tout en soulignant l’importance du sport dans la société : « Quand on est politique, on ne peut pas ignorer le sport. C’est un écosystème qui permet d’évoquer de nombreux sujets de société : l’emploi, le loisir, le scolaire, la géopolitique… c’est aussi un important catalyseur social. »
Sport roi en France
Dimanche, plus de 9 millions de Français ont regardé la finale européenne du PSG, tandis que la finale France-Argentine au mondial 2022 a attiré plus de 24 millions de téléspectateurs, un record historique. La Fédération française de football compte plus de 2,3 millions de licenciés, devançant le tennis et l’équitation. Bruno Cautrès note que « compte tenu de sa popularité, le football est presque devenu un passage obligatoire pour les politiques ». Les critiques existent, notamment sur l’argent dans le sport, mais un candidat affirmant ne pas aimer le foot risquerait de compromettre ses chances.
« Le foot est fédérateur. Mais le rugby aussi, et on n’a pas vu les politiques se ruer pour autant au mondial en France », rappelle Sacha Houlié. Il ajoute qu’il ne demande pas à un responsable d’être supporter d’une équipe, mais d’avoir une connaissance des enjeux du sport.
Risque de polémique
La question qui se pose est pourquoi les politiques, y compris certains « footix », s’emparent de ce sport : « Le foot permet une communication limpide et simple, cela permet de montrer qu’on est connecté au pays, pour un monde politique largement rejeté dans l’opinion », explique Bruno Cautrès.
Cependant, le football peut être sujet à des controverses, comme l’a constaté Karl Olive après avoir été filmé sur le capot d’une voiture pour célébrer la victoire du PSG. « C’était une faute que je regrette, et j’ai présenté mes excuses », a-t-il affirmé. « Un député, un ministre, un maire, un candidat à la présidentielle peut être un supporter, mais de manière très cadrée, car le moindre fait et geste peut devenir viral sur les réseaux sociaux. C’est aussi ça la puissance du foot. »