Depuis le 1er mai, la Belgique a autorisé la pulvérisation de pesticides génétiques sur les cultures de pommes de terre, une décision qui suscite des inquiétudes à la fois au sein de la population et en Europe, rapporte TopTribune.
Le produit concerné, nommé Calantha, appartient à une nouvelle génération de pesticides utilisant une technologie qui manipule l’expression des gènes dans les organismes vivants. Cette substance vise spécifiquement le doryphore, un coléoptère reconnu pour causer d’importants dommages aux cultures de pommes de terre, entraînant la destruction de ces importantes plantations.
Une dérogation pour un produit qui n’a pas encore été évalué
Il s’agit d’une première en Europe pour ce type de pesticide dit « à ARN interférent ». En avril 2025, une demande a été déposée par GreenLight Biosciences, une entreprise américaine, et l’examen de cette demande reste en cours au niveau de l’EFSA, l’autorité européenne compétente pour les pesticides. Malgré l’absence d’évaluation, la Belgique justifie cette décision par la législation européenne permettant la mise sur le marché de produits non autorisés en cas de danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables.
Des préoccupations soulevées par des associations environnementales
Cependant, cette autorisation fait grincer des dents parmi les associations de défense de l’environnement, telles que Nature & Progrès et Pollinis, qui affirment que la procédure a été détournée. Selon Virginie Pissoort, chargée de plaidoyer, « cette procédure doit être réservée pour des dangers imprévisibles ne pouvant pas être maîtrisés par d’autres moyens. Le doryphore n’est pas un nouvel arrivant dans les cultures belges; cela fait 75 ans qu’il est présent, et il existe de nombreuses alternatives sur le marché ». Elle accuse les autorités d’utiliser ce mécanisme d’urgence pour contourner plus facilement les réglementations en place.
De plus, les experts expriment des réserves sur les conséquences potentielles de l’utilisation de ce pesticide. Valériane Bruno Schiffers, ingénieur agronome, explique que « le fonctionnement même de l’interférence ARN repose sur la reconnaissance de séquences génétiques. Or, les génomes des organismes vivants partagent souvent des portions de séquences similaires ». Cela signifie qu’une molécule conçue pour agir sur un insecte pourrait aussi impacter des espèces non ciblées et provoquer des effets néfastes sur la biodiversité.
Dans ce contexte, les deux associations ont décidé de déposer un recours en annulation devant le Conseil d’État belge, qu’elles qualifient de « rempart démocratique essentiel » face à une décision jugée néfaste pour la sécurité environnementale. « Il est crucial d’éviter que ce scénario se reproduise en France et dans d’autres pays d’Europe », affirment-elles dans un communiqué.
Un débat sur l’usage des pesticides en Europe
Ce développement en Belgique s’inscrit dans un débat plus large sur l’utilisation des pesticides en Europe, où de nombreux pays cherchent à réduire leur dépendance à ces produits chimiques. Les préoccupations concernant la santé humaine et l’environnement renforcent les appels à une politique agricole plus durable. Les mouvements écologistes plaident pour des méthodes alternatives de culture qui ne dépendent pas de substances potentiellement nuisibles.
En parallèle, la récent adoption de mesures visant à restreindre l’utilisation de pesticides en France soulève des questions sur la cohérence des politiques environnementales au sein de l’Union européenne. Alors que certaines nations avancent vers une réglementation plus stricte, d’autres semblent emprunter la voie contraire, comme l’illustre la situation en Belgique.
Réactions internationales et futur de la réglementation
À l’échelle internationale, la décision de la Belgique peut susciter une cascade d’effets sur la réglementation des pesticides au sein de l’UE et au-delà. Des pays voisins pourraient être influencés par cette autorisation, essayant de justifier des décisions similaires face à des situations perçues comme des urgences agricoles. Cela pourrait également inciter des discussions sur l’enjeu des biotechnologies et de leur intégration dans l’agriculture moderne.
Dans cette optique, les débats vont probablement s’intensifier au fur et à mesure que des cas similaires émergeront, alors que les consommateurs, les agriculteurs et les défenseurs de l’environnement interpellent les gouvernements sur la nécessité d’une approche équilibrée et responsable en matière de sécurité alimentaire et de durabilité environnementale.
Alors que la communauté scientifique continue d’étudier les impacts à long terme des pesticides génétiques, il est crucial pour les décideurs de naviguer avec prudence entre les défis agricoles et les impératifs de protection de l’environnement.