Les intercommunalités françaises se préparent à élire leurs représentants
Suite aux élections municipales, les 1 252 intercommunalités de France s’apprêtent à élire leurs représentants, un moment crucial pour cette structure administrative souvent sous-évaluée mais bénéficiant de pouvoirs considérables, rapporte TopTribune.
Ce processus marque le quatrième tour des élections municipales. Après deux dimanches de vote et la première réunion du conseil municipal pour élire un maire, les intercommunalités du pays vont désigner leurs instances dirigeantes dans les semaines à venir.
Ces élections revêtent une importance particulière, car les intercommunalités jouent un rôle clé dans des domaines tels que le ramassage des déchets, la gestion de l’eau, l’organisation des transports et le développement économique. Elles sont également responsables de la mise en œuvre de grands projets tels que des infrastructures sportives ou culturelles.
« C’est un couple siamois, la commune et l’intercommunalité. Elles ont besoin l’une de l’autre pour avancer », explique Eric Kerrouche, politologue au Cevipof et sénateur socialiste des Landes. « Mais les compétences des intercommunalités sont centrales et stratégiques, c’est donc une élection structurante pour un territoire », ajoute-t-il, en évoquant son ouvrage Le casse-tête démocratique : l’avenir des communes.
La France compte 1 252 intercommunalités, regroupements de communes classés en tant qu’établissements publics de coopération intercommunale (Epci), selon le portail des collectivités locales. Ces structures incluent quatre types : les communautés de communes, les communautés d’agglomération, les communautés urbaines et les métropoles, représentant diverses densités de population.
A Lyon, Véronique Sarselli, maire Les Républicains de Sainte-Foy-lès-Lyon, a été élue présidente de la métropole le 26 mars, avec 91 voix contre 150, succédant ainsi à un écologiste. Elle devra collaborer avec Grégory Doucet, le maire de Lyon, représentant la gauche. « Ma volonté n’est pas d’entrer dans une logique de confrontation institutionnelle », a-t-elle déclaré lors de son investiture, tout en affirmant qu’elle défendrait les intérêts de la métropole avec clarté.
À Marseille, l’élection communautaire s’avère délicate. Martine Vassal, maire de droite, a dirigé la métropole face à la municipalité de gauche de Benoît Payan de 2020 à 2026. Cela a conduit à des blocages dans la mise en œuvre de projets, chaque instance se renvoyant la responsabilité de la lenteur de mise en place du plan « Marseille en grand », initié par Emmanuel Macron.
Les conséquences de ces élections intercommunales se dessinent déjà, alors qu’un vote crucial pour la présidence de la métropole de Marseille est prévu pour le 7 avril. Les élus souhaitent éviter les tensions passées. « Ça a été tellement tendu que personne n’a envie de recommencer le même cirque », souligne un membre de la majorité de Benoît Payan.
Les discussions intercommunales, bien que souvent influencées par les affiliations politiques, s’efforcent de se tenir dans un esprit constructif. « Même s’il y a des réalités politiques fortes, on assiste à des débats entre élus sur un mode consensuel », affirme Eric Kerrouche.
Dans les zones rurales, les maires siègent souvent sans étiquette politique, ce qui favorise une gestion pragmatique. « On essaye de faire fonctionner les choses ensemble », témoigne Fanny Lacroix, maire de Châtel-en-Trièves. Toutefois, elle s’inquiète d’une possible politisation des prochaines assemblées.
L’arrivée de la France insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN) dans les intercommunalités pourrait exacerber les tensions au sein de ces instances. Ludovic Pajot, maire RN réélu, note une augmentation significative de la représentation de son parti au sein des communautés d’agglomération. « On va peser davantage », précise-t-il.
Du côté de LFI, Paul Vannier voit les intercommunalités comme des plateformes essentielles pour défendre les programmes locaux. Cependant, la direction que prendront ces instances reste incertaine, certains analystes anticipant une confrontation tandis que d’autres espèrent une domestication des nouvelles forces politiques.
Ce niveau de gouvernance, bien que crucial, demeure mal compris du grand public. « Les intercommunalités donnent le sentiment qu’on n’est qu’une goutte dans l’océan », soutient Eric Kerrouche. Il souligne que malgré les efforts des élus locaux, la perception de responsabilité reste largement attribuée aux maires.
Dans ce contexte, le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé un courrier aux nouveaux maires pour les associer à ses futurs projets de décentralisation, abordant notamment les questions relatives aux intercommunalités et aux compétences partagées.