Un conflit majeur se développe autour du nouveau Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du bassin de la Vilaine, alors que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) cherche à annuler son vote. Les préfets de Bretagne et des Pays-de-la-Loire ont adressé une lettre au président de la Commission locale de l’eau (CLE), demandant un « temps supplémentaire » pour des discussions jugées « insuffisamment abouties », ce qui a suscité l’indignation des partisans du SAGE ayant travaillé pendant trois ans à son élaboration, rapporte TopTribune.
La maire de Rennes, Nathalie Appéré, souligne la frustration face à ce retournement, déclarant que « quatre années de travail et de compromis viennent d’être réduites à néant ». Jérémy Grandière, membre de la Commission, exprime son exaspération : « Ça fait plus de trois ans que l’on travaille dessus. Et là, quand on arrive au bout du cycle, on balance du fumier et de la paille et tout s’arrête ? »
Le président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine, désespéré par la dégradation des rivières, constate que seulement 3 % des masses d’eau de la région sont en bon état écologique. « Dans les rivières, il n’y a plus de vie, et ça ne cesse de se dégrader. Et on veut continuer à épandre des pesticides dans des zones de captage d’eau potable. Mais où est passé le bon sens paysan ? », interroge-t-il, ajoutant que la situation nécessite une attention urgente pour améliorer la qualité de l’eau.
Les tensions entre agriculteurs et autorités s’intensifient
Au cœur de ce débat, les agriculteurs crient à l’incompréhension et à la nécessité d’une plus grande transparence sur la qualité de l’eau. Franck Pellerin, secrétaire général de la FDSEA du Morbihan, a récemment insisté sur la nécessité de stopper les travaux en cours. Selon lui, l’adoption du SAGE mettrait en péril la sécurité alimentaire et la santé économique des exploitations agricoles de la région. « Si le SAGE est adopté, on va mourir de faim. Mais si on ne fait rien, on va surtout mourir de soif », prévient Jérémy Grandière.
Les cultures de maïs, essentielles pour nourrir le bétail, sont particulièrement touchées par les recommandations du SAGE, qui prônent l’interdiction de l’utilisation de produits phytosanitaires. Ces parcelles, connues pour leur forte consommation d’eau, ont souvent recours à des méthodes peu respectueuses de l’environnement. « Revenir en arrière aujourd’hui serait une faute politique et collective », déclare Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne.
Alors qu’une nouvelle réunion de la CLE se profile, aucune date de vote n’a encore été fixée. Les préfets demandent une reprise des discussions pour réunir toutes les parties autour de la table. Cependant, cette situation ne fait qu’exacerber le mécontentement des élus de gauche, notamment Nathalie Appéré, qui reproche au gouvernement d’entraver les efforts d’interdiction des herbicides dans les zones sensibles. Elle voit cela comme un acte portant atteinte à la santé publique et à la qualité de l’eau, affirmant qu’il s’agit d’« un énième renoncement » des autorités.
En attendant, le climat autour de la gestion de l’eau en Bretagne reste tendu, avec des groupes de pression comme la FNSEA qui continuent de faire entendre leur voix, menaçant de bloquer le processus de décision nécessaire à la mise en œuvre du SAGE, qui pourrait pourtant apporter des bénéfices environnementaux significatifs dans une région où la qualité de l’eau est en déclin.