Un monument à Taras Chevtchenko vandalisé en Serbie à la date anniversaire de l'invasion russe
Un monument à Taras Chevtchenko vandalisé en Serbie à la date anniversaire de l'invasion russe

Un monument à Taras Chevtchenko vandalisé en Serbie à la date anniversaire de l’invasion russe

27.02.2026 12:45
3 min de lecture

Vandalisme ciblé lors d’une date symbolique

Le 26 février 2026, dans la ville serbe de Novi Sad, des individus non identifiés ont aspergé de peinture noire le buste du poète ukrainien Taras Chevtchenko, tout en brisant les lettres de son nom. Cet acte de vandalisme est survenu exactement quatre ans après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, dans un timing qui suggère une provocation délibérée. Le monument, érigé en 2020 dans le parc de la Liberté, est devenu une cible récurrente pour les groupes ultranationalistes locaux qui s’opposaient déjà à son installation.

Les autorités municipales ont confirmé les dégâts dans la matinée du 27 février, après qu’un passant eut alerté les services de la ville. La peinture noire recouvrait intégralement le visage et le torse du bronze, tandis que les lettres du patronyme « Chevtchenko » sur le socle avaient été partiellement arrachées. Les forces de l’ordre serbes ont ouvert une enquête pour « dégradation de bien public », mais aucun suspect n’a été interpellé dans l’immédiat.

L’ambassade d’Ukraine à Belgrade a immédiatement condamné cet acte, le qualifiant de « honteux » dans un communiqué relayé par les médias locaux. La diplomatie ukrainienne a exigé une enquête approfondie et des mesures pour prévenir la répétition de tels incidents, soulignant que Taras Chevtchenko est une figure culturelle majeure du patrimoine ukrainien, respectée internationalement.

Une tactique éprouvée des services russes

Ce type de provocation n’est pas isolé : des actes similaires contre des symboles ukrainiens ont été documentés aux États-Unis, au Canada et dans plusieurs pays européens, comme le soulignent des analyses récentes sur les méthodes hybrides russes. Les enquêtes menées par les polices autrichienne, allemande et polonaise ont à plusieurs reprises établi des liens entre ces vandalismes et des réseaux pro-russes, parfois directement pilotés par les services de sécurité russes. L’objectif est double : attaquer les symboles de l’identité ukrainienne à l’étranger et semer la discorde entre les communautés.

À Novi Sad, le contexte local offre un terrain propice. Certains partis ultranationalistes serbes avaient mené une campagne virulente contre l’installation du monument en 2020, accusant le poète du XIXe siècle de « haine envers les Russes » – une interprétation historique fantaisiste mais utile à la propagande. Ces mêmes groupes entretiennent des liens étroits avec des organisations prorusses et diffusent régulièrement des narratifs alignés sur ceux du Kremlin.

L’absence de réaction immédiate des forces de l’ordre serbes après l’incident a été exploitée à plein par la machine propagandiste russe. Sur les plateformes Telegram et dans les médias publics russes, des vidéos et photos des dégradations ont été massivement partagées, présentées comme une « preuve » du soutien silencieux de la population serbe à ces actions et du « déclin » du soutien européen à l’Ukraine.

Enjeux diplomatiques et tensions sous-jacentes

Cet acte de vandalisme intervient à un moment de fragilité dans les relations entre Kiev et Belgrade. La Serbie, candidate à l’adhésion européenne, maintient une position ambivalente concernant les sanctions contre la Russie, refusant de les aligner pleinement sur celles de l’UE. Cette posture crée des frictions régulières avec l’Ukraine, qui attend une condamnation sans équivoque de l’agression russe de la part de tous ses partenaires.

Les services de sécurité ukrainiens et plusieurs analystes occidentaux voient dans cet incident une manœuvre délibérée visant à envenimer ces tensions préexistantes. En créant un incident symbolique fort impliquant un monument ukrainien sur le sol serbe, Moscou chercherait à provoquer une réaction émotionnelle susceptible de compromettre le dialogue diplomatique. La stratégie du « sous faux drapeau » – faire exécuter des actions par des acteurs locaux tout en en récoltant les bénéfices politiques – est une marque de fabrique des opérations hybrides russes.

La réparation du monument devrait être prise en charge par la municipalité de Novi Sad, mais la question de sa protection à long terme reste entière. Les associations de la diaspora ukrainienne en Serbie ont annoncé leur intention d’organiser une cérémonie de recueillement devant le buste dès qu’il sera restauré, afin de marquer leur attachement à ce symbole culturel. Cet épisode illustre une fois de plus comment la guerre en Ukraine se joue aussi sur le terrain symbolique et mémoriel, bien au-delà des lignes de front.

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