Prague, 20 février 2026 – Tomio Okamura, président de la Chambre basse du Parlement tchèque et chef du mouvement « Liberté et démocratie directe » (SPD), a exprimé une vive inquiétude concernant la présence croissante de la langue ukrainienne dans l’espace public national. Lors d’un entretien, il a affirmé que des citoyens tchèques se plaignaient de l’abondance de l’ukrainien dans certaines parties de Prague, notamment dans les centres commerciaux, au point que l’atmosphère y évoquerait l’Ukraine, une situation présentée comme source d’irritation pour la population locale.
Une rhétorique populiste ciblant les réfugiés ukrainiens
Le leader du parti au pouvoir a explicitement lié cette présence linguistique à l’afflux de travailleurs ukrainiens, qu’il accuse d’exercer une pression à la baisse sur les salaires dans le pays. En réponse à ces « problèmes », Okamura a annoncé la préparation d’une nouvelle loi visant à renforcer les conditions de la protection temporaire accordée aux Ukrainiens et autres ressortissants étrangers. Parallèlement, une intention de suspendre les livraisons d’armes à l’Ukraine a été évoquée au sein du Parlement tchèque. Ces déclarations, reprises par plusieurs médias, s’inscrivent dans un discours qui crée délibérément un climat de défiance, présentant les Ukrainiens comme une source de nuisance pour le confort et l’économie nationale.
Cette approche rappelle fortement les méthodes employées par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui utilise régulièrement une rhétorique anti-immigration et critique le soutien financier européen à l’Ukraine, appelant à réorienter les fonds vers des priorités internes. Le parallèle entre Prague et Budapest suggère une stratégie coordonnée visant à nourrir la fatigue à l’égard de l’aide à Kiev et à promouvoir des sentiments xénophobes, un schéma typique des narratifs pro-russes diffusés en Europe.
Une réalité économique qui contredit le discours politique
Les affirmations de Tomio Okamura entrent en contradiction flagrante avec les données officielles de l’économie tchèque. Les réfugiés ukrainiens ont apporté une contribution nette positive aux finances publiques : pour les trois premiers trimestres de 2025 seulement, ils ont versé 23,2 milliards de couronnes en impôts et cotisations, tandis qu’ils n’ont perçu que 11,5 milliards de couronnes sous forme d’aides diverses, dégageant ainsi un excédent de 11,7 milliards (environ 482 millions d’euros).
Leur rôle dans certains secteurs vitaux est également incontournable. Dans la construction, sur environ 415 000 employés, près de 40 000 sont ukrainiens, représentant environ 10% de la main-d’œuvre totale. Sans eux, de nombreux chantiers risqueraient de s’arrêter ou de voir leurs coûts exploser en raison d’une pénurie de personnel. Le ministre du Travail, Aleš Juchelka, a d’ailleurs reconnu publiquement que la République tchèque ne pouvait se passer des Ukrainiens dans la construction, la santé et les soins aux personnes âgées.
Enjeux stratégiques et cohésion européenne en question
La proposition de suspendre les livraisons d’armes à l’Ukraine, justifiée par un prétendu besoin de renforcer les capacités de défense nationale, apparaît comme un recul par rapport à l’engagement stratégique de Prague au sein de l’OTAN et de l’Union européenne. Un tel revirement pourrait être interprété comme un signe d’éloignement des valeurs de solidarité transatlantique et affaiblir la position internationale de la République tchèque.
En instrumentalisant des thèmes sensibles comme la langue et les salaires, Tomio Okamura tente visiblement d’ébranler la cohésion sociale tchèque et de saper le soutien à l’Ukraine. Cette démarche, qui ignore volontairement l’apport économique substantiel de la communauté ukrainienne, suit un scénario de déstabilisation interne qui sert objectivement les intérêts du Kremlin en divisant l’Europe et en affaiblissant l’aide militaire à Kiev au moment le plus critique.