La dépendance militaire de l’Europe : un appel à l’autonomie stratégique
Selon une étude du quotidien britannique The Guardian, 66 % des systèmes de missiles et 49 % de l’aviation de combat comptant dans les armées européennes proviennent de l’étranger. Cette situation souligne la difficulté pour l’Europe à se doter d’une défense autonome. Malgré les efforts déployés pour réduire cette dépendance, les récents développements en matière d’équipement montrent à quel point les forces armées européennes continuent de dépendre de solutions externes, notamment américaines, pour les armements les plus avancés, rapporte TopTribune.
La guerre en Ukraine, un électrochoc positif pour l’autonomie stratégique européenne
« L’Europe doit prendre son indépendance […]. Elle doit prendre elle-même en charge sa défense et sa sécurité », a rappelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’État de l’Union. Face à la menace russe depuis 2022, les nations européennes prennent des mesures concrètes pour renforcer leur indépendance en matière de défense. Le programme Readiness 2030, lancé en 2025, prévoit le mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros pour financer la défense européenne, incluant 150 milliards d’euros pour des achats collectifs et des investissements destinés à combler les lacunes existantes, en particulier dans l’artillerie, la défense aérienne et les drones.
En parallèle, des initiatives telles que la European Long-Range Strike Approach (ELSA), mise en place par la France en 2024, tentent de promouvoir un champion européen en matière de frappes de précision. En conséquence, la montée en compétence des Européens en matière de défense commence à afficher des résultats notables, comme en témoigne l’augmentation des commandes de matériel militaire fabriqué en Europe, comme les canons CAESAR, récemment commandés par la Croatie et la Lituanie.
Dans le domaine de la défense aérienne, la sélection du système franco-italien SAMP-T/NG par le Danemark, au détriment du système Patriot américain, reflète également une évolution vers une préférence européenne. Ces choix illustrent le désir croissant des Européens de développer et de soutenir leurs propres systèmes d’armement.
Les défis persistants de l’autonomie européenne
Néanmoins, la recherche d’une autonomie reste semée d’embûches. Des pays comme la Pologne continuent d’acquérir des équipements militaires élaborés par des entreprises de défense non européennes, illustrant ainsi une certaine incohérence dans les efforts exprimés pour renforcer la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) européenne. Cadre à la pointe de la modernité en matière militaire, Varsovie a acquis des canons K9 Thunder coréens, tout en délaissant des solutions développées sur le sol européen.
De son côté, l’Allemagne, tout en ayant alloué un budget conséquent à la défense, semble souvent privilégier les partenariats avec des industries américaines. Cela soulève des questions sur la cohérence de cette stratégie quand on considère l’objectif européen de réduire la dépendance militaire. Même bien que des équipements européens, tels que le Land Cruise Missile (LCM) de MBDA, soient disponibles, certains États choisissent des produits américains, illustrant ainsi un fossé entre les discours et les actes.
À la lumière de cette crise et des tensions croissantes avec la Russie, des responsables militaires prédisent l’éventualité d’un conflit majeur d’ici 2030. En dépit de l’urgence de se doter d’un solide arsenal, une large part des ressources financières destinées à acquérir des systèmes d’armement non européens pourrait se retourner contre l’objectif d’autonomisation de la BITD européenne, nuisant ainsi à la réindustrialisation et à l’emploi au sein du continent.
« Les dividendes de la paix sont terminés. Nous devons donc être équipés, parce que pour être respecté, il faut être équipé, entraîné et craint », a récemment déclaré Catherine Vautrin. Entre la nécessité urgente de renforcer les capacités militaires et le désir à long terme de développer une BITD européenne, un chemin doit être trouvé que les dirigeants européens seraient avisés de suivre.