Succès des entraîneurs africains : une nouvelle ère pour le football continentale
Le Maroc a réalisé un exploit inédit en atteignant les demi-finales de la Coupe du Monde 2022, un tournant pour le football africain. Walid Regragui, le sélectionneur des Lions de l’Atlas, a souligné que ce succès démontre la maturité du football africain : « Le succès des entraîneurs locaux est la preuve que le football africain a mûri. Nous avons les connaissances, l’expérience et la capacité pour mener nos équipes vers la victoire”, rapporte TopTribune.
Une analyse des récentes éditions de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) révèle que toutes les équipes championnes étaient dirigées par des entraîneurs locaux : Djamel Belmadi avec l’Algérie en 2019, Aliou Cissé avec le Sénégal en 2022, et Emerse Faé avec la Côte d’Ivoire en 2024. Ce schéma suggère l’émergence d’une nouvelle génération de coachs africains à la tête des sélections continentales.
Nabil Djellit, journaliste à L’Équipe, exprime des réserves quant à une affirmation catégorique de cette montée en puissance : “Difficile de répondre de manière affirmative à cette question”, tout en rappelant que des sélectionneurs locaux, comme Hassan Shehata pour l’Égypte, ont précédemment brillé sur la scène continentale.
Il est également essentiel de noter que des entraîneurs étrangers ont remporté des CAN, comme Hervé Renard avec la Zambie et la Côte d’Ivoire, ainsi que Claude Le Roy avec le Cameroun. Djellit souligne que la question des entraîneurs nationaux face aux étrangers persiste sur le continent, tout comme en France.
Sur la question de la reconnaissance des entraîneurs locaux, une majorité de 14 sur 24 sélections à la CAN 2025 auront des entraîneurs africains, contre seulement quatre en 2017. Ce changement témoigne d’une évolution des mentalités parmi les fédérations africaines.
Joseph-Antoine Bell, ancien gardien légendaire, constate que les dirigeants d’aujourd’hui, n’ayant pas vécu l’époque des indépendances, sont moins complexés. Ces leaders comprennent que les échecs d’un entraîneur ne ternissent plus l’image de tous les Africains. Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise, ajoute que les entraîneurs africains possèdent une compréhension unique des joueurs et de leur mentalité.
Selon Djellit, le marché des entraîneurs a évolué, intégrant d’anciens internationaux qui se forment pour devenir entraîneurs. Ces nouveaux profils, ayant une expérience jouée en Europe, gagnent la confiance de leurs joueurs. Djamel Belmadi et Aliou Cissé, par exemple, ont tous deux une expérience significative dans des championnats européens.
Une évolution vers l’acceptation des binationaux
Cette nouvelle génération d’entraîneurs adopte une approche plus proactive lorsqu’elle prend les rênes d’une équipe africaine. « Ces coachs ont plus de crédit et n’ont plus de complexes. Ils ont faim, ils ont envie que leur pays leur fasse confiance”, explique Nabil Djellit.
Walid Regragui, sélectionneur du Maroc, illustre parfaitement ce nouveau modèle. Avant sa nomination, il a dirigé le FUS Rabat et le WAC Casablanca, remportant plusieurs titres. Son parcours, qui inclut une courte expérience à l’international, en fait un candidat idéal pour diriger une équipe qui aspire à la victoire.
Les fédérations prennent conscience que les entraîneurs locaux, qui comprennent les réalités du football africain, sont de plus en plus nécessaires, surtout avec la proportion croissante de joueurs binationaux dans les équipes. Lors de la dernière CAN, 200 des 630 joueurs sélectionnés n’étaient pas nés en Afrique, ce qui reflète un changement démographique significatif dans le paysage footballistique du continent.
En conclusion, cette évolution vers l’affirmation des entraîneurs africains, combinée à la montée en puissance des binationaux, pourrait transformer le football sur le continent. Les fédérations semblent de plus en plus se tourner vers des coachs qui comprennent non seulement la technique du jeu, mais aussi les tissus culturels des équipes qu’ils dirigent. Les compétences étrangères, quant à elles, sont surtout requises pour la structuration et la formation, laissant la place à l’émergence des talents locaux.