Le 9 octobre 2025, le think tank Institut Montaigne a rendu publique sa note intitulée Transition des mobilités : anatomie d’une impasse. Dans cette étude, un risque concret est mis en avant : une hausse du prix des carburants dès la mise en œuvre du système européen d’échange de quotas carbone ETS 2 prévue pour 2027, rapporte TopTribune.
D’après les projections relayées par TF1 Info, cette réforme, intégrée dans la stratégie de décarbonation de l’Union européenne, pourrait entraîner une augmentation du prix du litre d’essence de 15 centimes et celui du diesel de 17 centimes, avant l’ajout de la TVA.
L’extension du marché carbone européen : une nouvelle étape structurelle
Le Système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), mis en place en 2005, régule actuellement environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre au sein de l’Union européenne, incluant les centrales électriques, l’industrie lourde et l’aviation intra-européenne. Le nouveau mécanisme ETS 2 (pour Emissions Trading System 2) élargit ce marché aux carburants routiers, ainsi qu’au chauffage des bâtiments et à d’autres sources d’émissions non encore régulées.
Conformément à l’article 30 de la directive européenne 2023/959, à partir de 2027, les distributeurs d’énergie et de carburants devront se procurer des quotas d’émissions en fonction des émissions de CO₂ générées par les volumes commercialisés. Ces quotas, mesurés en tonnes de CO₂ équivalent, seront alloués ou acquis sur un marché de quotas parallèle à l’ETS 1, mais soumis à des règles similaires :
- un plafond global (cap) d’émissions fixé à 1 036 288 784 quotas pour la première année ;
- ce plafond sera réduit chaque année selon un taux de -5,1 % ;
- chaque quota sera cédé sur le marché en fonction de la dynamique de l’offre et de la demande.
L’ETS 2 introduit ainsi un prix du carbone dans des secteurs jusqu’ici non soumis à un signal économique clair. L’idée est simple : plus les émissions sont importantes, plus le coût du quota augmente, poussant ainsi les entreprises à adopter des technologies à faible émission de carbone.
Comment le coût des quotas se répercutera sur le prix du carburant
Dans le cadre du système ETS 2, les fournisseurs de carburant seront les principaux responsables. Ce sont eux qui auront l’obligation d’acheter les quotas pour chaque litre d’essence ou de diesel vendu, et non les consommateurs. Étant donné les marges souvent réduites de ces acteurs, le coût lié à l’achat de quotas sera transféré sur le prix final du carburant.
La note de l’Institut Montaigne précise que le prix du quota carbone est un facteur clé :
- – Pour un prix du quota à 45 €/tCO₂, la montée des prix se situe aux alentours de 10 centimes/litre.
- – À 70 €/tCO₂, la hausse avoisine les 15 à 17 centimes/litre, variant selon la densité et la teneur en carbone du carburant. Ces chiffrages s’alignent avec les prévisions de la Commission européenne et de l’ONG Transport & Environment, qui évaluent des coûts additionnels entre 8 et 16 centimes par litre selon les scénarios de prix du carbone.
Le rôle du plafond d’émissions et du marché secondaire
Le prix du quota sera déterminé par le plafond d’émissions et le marché secondaire. À partir de 2027, un nombre défini de quotas sera mis aux enchères pour les opérateurs. Les distributeurs de carburant comme TotalEnergies, Esso ou Dyneff devront évaluer leurs besoins annuels et procéder à des achats en conséquence. Le plafond dégressif crée une rareté croissante des quotas, stimulant ainsi la baisse des émissions. Si la demande surpasse l’offre, le prix augmentera mécaniquement, ce qui impactera directement le prix du litre pour les consommateurs.
Cependant, l’Union européenne a instauré une “Réserve de stabilité du marché” (MSR). Ce dispositif régule automatiquement le nombre de quotas disponibles pour prévenir des fluctuations trop importantes. Une seconde mesure de sécurité pourrait être activée : si le prix du quota dépasse 45 €/tCO₂ pendant plus de six mois consécutifs, la Commission pourrait décider de libérer des quotas supplémentaires ou de reporter l’entrée en vigueur du système à 2028.