Quelles conditions pourraient conduire le PS à renoncer à la censure ?

Quelles conditions pourraient conduire le PS à renoncer à la censure ?

02.10.2025 07:33
3 min de lecture

C’est un nouveau suspense et, une fois encore, les socialistes en sont les acteurs clés. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a intensifié les négociations depuis sa nomination à Matignon, le 9 septembre, pour faire adopter son projet budgétaire 2026. Afin d’obtenir le soutien de l’Assemblée nationale et d’éviter une nouvelle chute d’un gouvernement macroniste, il mise sur un accord tacite avec le Parti socialiste. Cependant, Olivier Faure et son équipe, qui rencontreront de nouveau Lecornu ce vendredi, ont déjà dressé une longue liste de demandes. Que sollicitent-ils en échange d’un soutien sans censure ?, rapporte TopTribune.

Un peu de considération

Recevoir un traitement respectueux est toujours un atout, surtout pour les socialistes, qui ont mal vécu les derniers mois sous l’ancien gouvernement. « Lecornu n’a pas l’arrogance et la mégalomanie de Bayrou, qui se pensait l’expression ultime du centrisme français. C’est d’ailleurs une des raisons de sa chute », a déclaré le député socialiste Laurent Baumel. « Lecornu a compris cela. Il semble plus à l’écoute, même s’il ne propose rien de concret, ce qui lui permet de gagner du temps sans que la rupture promise ne se concrétise », a ajouté l’élu d’Indre-et-Loire.

Le nouveau chef du gouvernement, toujours pas officiellement nommé, a rapidement initié un changement de méthode, rejetant l’idée de supprimer deux jours fériés, une mesure controversée de son prédécesseur. Lors d’un déjeuner avec les élus du socle commun, Sébastien Lecornu s’est montré confiant quant à la possibilité de parvenir à un accord. « Le Premier ministre nous a dit qu’il négociait avec le PS. Mais ils se positionnent toujours très haut. Ils cherchent à marquer des points, obtenir des victoires. Nous sommes dans une partie de poker », a commenté François Patriat, dirigeant des macronistes au Sénat.

Une taxation des plus aisés

Les socialistes ont établi plusieurs lignes rouges : ne pas affecter les classes populaires et moyennes, notamment à travers un gel des pensions ou un déremboursement des médicaments, taxer les plus riches, réduire de moitié les efforts budgétaires (à environ 22 milliards d’euros), diminuer la CSG pour augmenter les petits salaires, et suspendre la réforme des retraites. « Nous pouvons discuter, mais il faut que nous soyons d’accord sur ces principes, sinon la censure sera inévitable », a averti Philippe Brun, député PS de l’Eure.

Alors que la taxe Zucman et l’ISF ont déjà été écartées par Sébastien Lecornu, le PS a exprimé sa disposition à discuter d’autres mesures. « Il faut de la justice fiscale, nous souhaitons une taxation sur le patrimoine et un paquet global d’environ 15 milliards d’euros », a indiqué Philippe Brun. Cette proposition trouve un écho parmi les macronistes. « L’opinion y est favorable. Nous ne pourrons pas avancer sans une mesure de fiscalité ciblant les plus riches, en excluant les actifs productifs, ce qui pourrait rapporter 3 à 4 milliards », a admis François Patriat. Toutefois, atteindre un consensus sur la réforme des retraites pourrait s’avérer ardu. Une reconnaissance accrue des carrières des femmes et des métiers pénibles suffira-t-elle à éviter la censure du PS ?

« Si on cède trop, on va dans le mur »

La première intervention publique budgétaire de Sébastien Lecornu, vendredi dans le Parisien, a suscité l’agacement des responsables socialistes. L’ancien ministre des Armées est demeuré vague sur les requêtes socialistes. Olivier Faure a donc réclamé lundi une « copie complète du budget » lors de leur rencontre de fin de semaine, désignant cela comme un « rendez-vous de la dernière chance » avant la censure. « Être député, ce n’est pas menacer de censure à chaque instant, les débats doivent se dérouler dans l’hémicycle », a exprimé Prisca Thévenot, députée Ensemble des Hauts-de-Seine. « Les socialistes doivent se souvenir qu’ils ont gouverné le pays. François Hollande siège dans leur groupe. Sont-ils encore un parti de gouvernement ? », a tranché l’ex porte-parole du gouvernement Attal.

Le PS aborde ces négociations dans un contexte social tendu, avec une nouvelle journée de mobilisation prévue jeudi par l’intersyndicale. Les insoumis ont également indiqué qu’ils déposeraient une motion de censure dès la nomination du gouvernement Lecornu. Dans ce cadre, les socialistes ne négocieront avec Lecornu qu’en cas de réelles victoires politiques. « Si nous cédons trop au PS, nous allons vers un mur financier. Si nous restons trop rigidement, le gouvernement s’effondre », a résumé François Patriat. La partie de poker ne fait que commencer.

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